AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 74 Pendant que la tante lui parle de la pluie et du beau temps, Jean a le temps de regarder autour de lui, et de faire une description minutieuse de la chambre qui semble sortir d’une autre époque : Jean écoutait d’une oreille distraite, il regardait autour de lui, cette pièce mansardée où le temps s’était arrêté, comme un flot qui, en se retirant, aurait déposé dans les coins des scories, des choses mortes, les souvenirs de Rozilis, les précieux colifichets de l’Inde, les albums de photos jaunies, les tableaux noircis par la poussière, les bouquins inutiles. (R, 20) L’œuvre de Le Clézio abonde en descriptions d’objets divers utilisés dans la vie quotidienne, dont le taux de fréquence sur l’ensemble des romans ne peut pas être aléatoire. Cette présentation d’objets accroît la portée référentielle de la fiction romanesque et ouvre sur le hors-texte. Pour Michel Butor, la même présence ou absence d’un certain objet puisse prendre la valeur de signe, grâce au fait que son emploi peut dévoiler des choses importantes sur le mode de vie d’un individu ou même d’un groupe social. Dans cette pièce « un peu étouffante » (R, 22), chargée d’objets de toute sorte, les souvenirs de Catherine prennent forme et parviennent à transposer les deux personnages dans un autre monde, celui de l’île Maurice et de la Rozilis. 2. La lecture tropologique ou le sens allégorique-symbolique- métaphorique C’est la lecture au niveau de l’expression. À ce niveau il y a quatre points d’intérêt : les noms propres « Kataviva » et « Rozilis », le thème de la cécité et la symbolique de l’oiseau en cage. A. La Kataviva Si l’on considère que Révolutions est un roman issu de l’existence biographique de l’écrivain qui a passé son enfance à Nice, ville dans laquelle se déroule l’action dans la première partie du livre, on pourrait prendre la liberté de lier la fiction du roman à la réalité niçoise contemporaine. Bien qu’on ne puisse pas le démontrer, ce doit avoir inspirer l’auteur dans la création du topos du premier fil narratif du roman. Il retrouve par la remémoration d’un passé vécu un espace connu, dont il modifie la forme d’une manière presque insaisissable dont il se sert. Il faut donc mentionner qu’à Nice, dans le quartier du port, il y a aujourd’hui un hôtel particulier, Belle Époque, datant des années 1900, qui s’appelle La Katavity. L’image acoustique même du mot « Kataviva », aussi bien que celle de « Katavity » renvoient à quelque chose de mystérieux, de magique. L’incidence du premier vient renforcer cette idée qui est graduellement induite dans la

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