AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 75 conscience du lecteur pendant le cérémonial de transmission d’un héritage historique, culturel et spirituel. Il est aussi important de rappeler que le premier chapitre est intitulé Une enfance rêvée et que l’action se construit autour de la Kataviva, berceau de « tout un monde ». Il prend forme un territoire non pas seulement géographique, mais aussi affectif lié à des moments clés de l’enfance de Catherine à laquelle elle retourne obstinément et presque obsessionnellement, car ce n’est qu’à travers ses souvenirs qu’elle vit. Pour forger ce territoire affectif, Le Clézio, cherche soigneusement une tonalité propre à sa narration. L’espace clos de la chambre de Catherine qui se trouve dans l’immeuble situé dans la rue Reine-Jeanne, est transgressé par l’intermédiaire d’une parole lente, mélodieuse, répétitive qui nous conduit sans cesse, à chaque visite de Jean, plus près du cœur du paradis perdu de la Rozilis. Tandis que la tante suit le cours de ses souvenirs et remémore un passé heureux qu’elle reconstruit inlassablement, Jean suit son parcours initiatique. B. Signification de « Rozilis » L’auteur se sert habilement des nuances de langage les plus fines, de tonalités, de registres de langue, et de jeux de mots, pour inoculer au lecteur des sensations vécues par ses personnages, sachant surtout choisir les noms propres des personnes et des topos parmi des plus exotiques. En conséquence, il n’emploie pas d’une manière aléatoire le nom de « Rozilis », ni celui du jardin « Ebène ». « Rozilis » est un nom propre probablement formé sur l’adjectif qualificatif « rose », couleur qui symbolyse le bonheur, la tendresse, la joie de vivre, comme d’ailleurs le rappelle si bien l’expression «voir la vie en rose ». C’est la couleur de la séduction et du romantisme. Le lecteur est donc censé imaginer ce domaine comme la tante Catherine le décrit, c’est-à-dire, comme un paradis perdu, avec lequel nul autre endroit sur terre ne pourrait jamais concurrencer. Elle n’est capable de « voir la vie en rose » que lorsqu’il s’agit du monde de son enfance. Son histoire dans laquelle le mot « Rozilis » apparaît tant de fois, séduit le lecteur par sa sonorité évocatoire de la même manière que la couleur rose séduit la vue. Et puis la ressemblance phonique entre « Ébène » et « Eden » est-elle pure coïncidence ? L’homophonie de ces deux mots serait-elle due au hasard ? Il n’est pas difficile à s’imaginer ce que « Ébène » suggère. On n’a qu’à remplacer la consonne « b » par « d », sa paire minimale, pour arriver au paradis, à l’éden. Ensuite, la chute de la famille Marro est comparable à la chute biblique d’Adam et d’Ève, puisque dans les deux cas, les héros sont forcés de quitter le seul espace qu’ils connaissent, unique endroit du bonheur éternel. Ce qui plus est, dans la civilisation des Guaranis le paradis est imaginé « sous une forme d’une île

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