AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 76 des bienheureux au milieu de l’Océan. » (NO, 179) Et comme le domaine de la Rozilis se trouve sur une île (l’île Maurice) au milieu d’un Océan (l’Océan Indien), la théorie d’Eliade sur le mythe de l’île donne un peu plus de sens à notre interprétation. C. L’oiseau en cage L’oiseau en général est connu comme symbole de l’élévation, de la vie spirituelle, de l’espoir, de la pureté, ou bien de l’innocence. Le vol de l’oiseau est naturellement porteur d’un symbole de liberté, comme l’exprime le mythe grec d’Icare. Toutes les mythologies du monde lui accordent d’ailleurs une place de choix. Le Coran par exemple, parle du langage des oiseaux qui est celui des anges. Dans cette acception, les oiseaux sont toujours entre les hommes et les dieux, ils symbolisent la liberté divine, ils sont des messagers des dieux, et en même temps des âmes des hommes. Mais la tante Catherine n’est pas simplement un oiseau, elle est un oiseau en cage : « Le cri du serin de mademoiselle Picot résonnait comme un message surnaturel, qui cherchait à prévenir Jean d’un danger, ou peut-être proférait la pauvreté et la solitude, ces pièges dans lesquels les habitants de la Kataviva s’étaient fait prendre, à la manière de l’oiseau dans sa cage. » (R, 16) Mais le lecteur sait que cette cage a des murs, un plancher et un plafond qui la délimitent, aussi bien que des fenêtres qui dévalorisent la connotation péjorative du mot « cage » et enlèvent du poids de l’idée d’enfermement. Le topos de la fenêtre contribue lui aussi à diminuer le malaise provoqué par l’espace fermé de la chambre, représentant un espace transitoire entre deux mondes, celui de l’emprisonnement d’un coté et celui de la liberté de l’autre. Et si Catherine est l’oiseau, l’immeuble la Kataviva est sa cage. Elle aurait été probablement un oiseau libre à l’époque de son enfance passée à Rozilis. Pour se libérer de la cage, la seule solution qu’on puisse entrevoir c’est la mort. Après la mort, son âme pourrait s’envoler vers ses landes natales, unique endroit du bonheur éternel. D. Cécité On pourrait se demander quel serait le rôle d’un personnage aveugle ? En littérature, l’aveugle ou bien le mal voyant a toujours bénéficié d’un statut moral et psychologique supérieur, car il recevait toujours un ou plusieurs dons en compensation de sa cécité. Et cela peut se vérifier aussi bien dans le cas de la tante : « Quand l’heure approchait, Catherine le savait d’instinct, à certains bruits dans la rue, à d’autres signes qu’elle seule pouvait percevoir […]. La vieille dame aveugle avait deviné son arrivée, quelques fois elle ouvrait la porte même avant qu’il ait eu à frapper. » (R, 17) Si l’on pousse à ses ultimes conséquences l’interprétation de ce fait, on pourrait

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