AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 77 associer Catherine au personnage grec, à la figure exceptionnellement surdéterminée, surdouée de l’aveugle. L’aveugle est souvent utilisé comme un conteur dont la narration est trans-temporelle et rétrospective; fait vérifiable dans le cas de Catherine. Par l’intermédiaire des bribes de sa mémoire elle façonne sa narration pour aboutir à une histoire lisible et cohérente. Cependant, la tante n’a rien d’exceptionnel, hormis sa « mémoire béante » et sa passion pour le passé. Mais puisqu’elle est aveugle elle réussit à franchir une barrière qui pourrait s’interposer entre elle et Jean : la différence d’âge. Pour quoi encore cécité ? Parce qu’elle représente une allégorie de la justice impartiale, ou bien parce que la vue, dans ce cas précis, pourrait agir comme un élément perturbateur, qui nous force à « fermer les yeux » pour pouvoir regarder derrière les apparences les plus trompeuses. Ne pas voir signifie, dans le cas de la tante, ne pas permettre à l’époque moderne d’intervenir et de maculer avec son nouveau souffle les années les plus heureuses, ce paradis perdu à jamais. Ne pas voir signifie préserver contre l’oubli la plus belle des histoires. Catherine n’a guère besoin de sa vue pour achever son histoire, incrustée pour toujours dans sa mémoire. Il est important à remarquer qu’elle n’était pas aveugle à la naissance. La cécité est appelée par le présent, un présent qui n’intéresse et qui ne touche pas la protagoniste. Le handicap de Catherine n’est, en effet, qu’une infirmité au service de la mémoire qui l’aide à s’en fuir du moment présent, pour rester figée dans le passé. Jean est un adjuvant, qui fait que la narration de Catherine commence, et surtout qui lui donne un sens. Rien n’a le pouvoir de gâcher ce moment sacré où les souvenirs prennent forme, souvenirs qui deviennent en quelque sorte ceux de Jean, puisque à la fin du roman il part à la recherche de cet univers lointain de l’île Maurice. Il s’attribue les souvenirs de sa tante qui lui permettent d’observer les tristes et irréversibles changements subis par cette terre rêvée. Quoiqu’elle soit vieille, malade et aveugle, sa vie vaut la peine d’être vécue, car c’est elle, et personne d’autre, qui initie et qui pousse Jean à l’aventure d’une quête des origines. Quand elle épuise ses histoires, elle meurt, car elle a tout transmis à son arrière neveu, qui, pour lui rendre hommage, part pour Rozilis afin de voir de ses propres yeux le monde mythisé qu’elle représente. 3. La lecture typologique Il s’agit d’une lecture interculturelle et intertextuelle. L’interprétation à ce niveau envisage le texte comme actualisation de types, d’archétypes et de mythes. A ce niveau nous nous sommes proposée de reprendre le thème de l’oiseau en cage et d’y ajouter un autre, celui du rituel qui se déroule sous le toit de la Kataviva.

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