AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 80 Absolument, et ce sont au fond ces grands musiciens qui m’ont donné l’envie d’écrire ainsi, en particulier Proust, que j’ai lu assez tardivement. J’étais d’abord resté totalement imperméable à son écriture, à son atmosphère de demeure feutrée ; il me semblait ne pas avoir écrit pour moi, jusqu’au jour où j’ai compris son rythme […]. Un musicien de mots, un musicien de phrases, et d’images, de regards. J’ai beaucoup regretté de ne pas l’avoir découvert plus tôt, car Proust a eu ensuite une grande influence sur moi… Et le plus curieux dans ce retournement, c’est qu’il fut déclenché par une seule petite phrase ! […] C’était la phrase évoquant le timbre de la sonnette du jardin qui retentissait à l’arrivée de Swann, dans Du côté de chez Swann . Cette sonnette-là m’a éveillé, là était pour moi sans doute aussi l’entrée, cette entrée dont parlait en ces mots un poète zen […] (Cavalero, 32) On pourrait par la suite tracer un parallèle entre la sonnette de Swann qui a réussi à éveiller en Le Clézio l’intérêt pour la narration proustienne et le cri du serin de mademoiselle Picot qui éveille la curiosité de Jean pour l’immeuble la Kataviva. La sonnette et le serin produisent des sons, quoique moins musicaux dans le cas de l’oiseau, provoquent des sensations, des sentiments à l’instant même où ils se font entendre. 4. La lecture anagogique ou ontologique montre la valeur de vérité humaine incorporée dans le récit littéraire. C’est la lecture ouverte, le sens secret, remis en question. L’interprétation à ce niveau vise le sens de l’être, voire son rapport au monde, à l’Autrui, à soi. À ce niveau le thème qui s’impose serait A. La quête des origines Les protagonistes de Révolutions , Jean et Catherine, sont préoccupés de leur origine, ils sont constamment attirés par le passé : « La mémoire de la tante Catherine était sans fond. Chaque fois que Jean venait la voir, elle reprenait, recommençait toujours par la même formule : « Autrefois, à Rozilis, quand j’avais ton âge… » (R, 23) Catherine, personnage narrateur a besoin d’un destinataire qu’elle choisit dans la personne de Jean : « Les autres ne devaient pas comprendre. Ou bien ils ne valaient pas la peine qu’on leur dise. Elle avait choisi Jean pour lui donner sa mémoire. » Ce retour en arrière n’est pas simplement un procédé technique romanesque, c’est le véritable sujet du roman. Catherine est totalement dédiée à son passé et à la narration de son passé ; elle vit par cette remémoration d’un ailleurs, d’une autre époque, car elle n’est pas « chez elle » à Nice, dans l’immeuble la Kataviva, rue Reine-Jeanne. Ce roman nous propose deux manières différentes d’habiter un endroit : un endroit où l’on habite effectivement par le corps (la Kataviva), et un endroit où l’on habite spirituellement, à travers la pensée, un endroit nostalgique,

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