AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 88 2.2. Définition de la musique Tout d’abord, la musique se définit comme silence. Par le silence, l’auteur ne comprend pas l’absence totale du son mais le point qui approche le plus de l’absence du son de façon que l’ouïe touche le plus haut degré de tension : « Le silence ne définit en rien la carence sonore : il définit l’état où l’oreille est le plus en alerte. L’humanité n’est en rien à la source de l’éploiement du sonore et du taciturne, pas plus qu’elle n’est à l’origine du lumineux et du sombre. L’état où l’oreille est le plus en alerte est le seuil de la nuit. » (HM, 135) Dans la nature, le crépuscule est l’exemple parfait de silence et « à vrai dire, ce n’est guère un point zéro, ce n’est point le silence, mais le minimum sonore propre à la nature. » (HM, 24) Dans le monde des humains, le point zéro sonore est la musique. Dans les instants les plus rares, on pourrait définir la musique : quelque chose de moins sonore que le sonore. Quelque chose qui lie le bruyant (Pour le dire autrement : un bout de sonore ligoté. Un bout de sonore dont la nostalgie entend de demeurer dans l’intelligible. Ou ce monstrum simple : un morceau de sonore sémantiquement dépourvu de sens). (HM, 24) Nous pouvons parler toujours d’un point zéro, comme pour le crépuscule, parce que la musique ne rompt en rien l’absence de son : « La musique n’est pas cachée dans les saules. La musique n’est pas le silence [entendu comme absence totale de son]. Le son de la musique est un son qui ne rompt pas le silence. » (LM, 107) C’est pour cela que la musique ne ressemble en rien avec la mort. Si la mort pose une limite à la vie, rompt avec elle, la musique est un prolongement du silence. Vu cela, dans une deuxième étape, la musique pourrait se définir comme l’art de combiner des sons d’après des règles (variables selon les lieux et les époques), d’organiser une durée avec des éléments sonores afin de faire revivre l’ affetto . À son tour, l’ affetto se représente l’émotion première qui caractérise le non-langage, la période qui a précédé la vie et l’enfance. La musique est donc une imitation des sons dont nous ne gardons plus la mémoire mais que nous avons subis, sans pouvoir nous y opposer, avant notre naissance. Ces sons ont laissé des traces dans notre inconscient, traces que nous pouvons reconnaître même dans la musique la plus moderne sous la forme d’un son qui s’ajoute à la musique même : Une mousikè au sens grec s’ajoute à la musique même. Sorte de « musique ajoutée » qui effond le sol, qui se dirige aussitôt sur les cris dont nous avons souffert sans qu’il nous soit possible de les nommer, et alors qu’il n’était même pas possible que nous en ayons vu la source. Des sons non visuels, qui ignorent à jamais la vue, errent en nous, des sons anciens nous ont persécutés. Nous ne voyions pas encore. Nous entendions. (HM, 23-24)

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