AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 96 ethnique et les atrocités qu’il implique visent toute guerre, non seulement celle des Balkans des années 1990. Dans sa vision, la bête humaine n’a pas une identité particulière, le mal est universel. La pièce La femme comme champs de bataille ou Du sexe de la femme comme champs de bataille dans la guerre en Bosnie présente la rencontre dans un hôpital des forces alliées (et donc, neutre) de Dorra, une femme de l’ex-Yougoslavie, violée pendant la guerre ethnique et de Kate, le psychologue qui doit l’aider à dépasser ce trauma. Par cette histoire dramatique de la vieille Europe, représentée par son enfant terrible, les Balkans, et des États-Unis, symbole de la liberté absolue, Vi ş niec met en évidence le caractère universel des stéréotypes auxquelles les ethnies de tous les coins du monde se confrontent inévitablement. Nous avons choisi cette pièce de Matéi Vi ş niec pour aborder une autre perspective sur un sujet si analysé par les sociologues, les politiciens, les psychologues, les militaires, les historiens, les anthropologues : l’identité ethnique dans les Balkans, dans le contexte de la guerre des années 1990 en Yougoslavie. La femme comme champs de bataille ou Du sexe de la femme comme champs de bataille dans la guerre en Bosnie constitue, selon nous, un bon exemple afin d’analyser la perspective de cet auteur contemporain sur la question de la pluralité des ethnies dans l’espace balkanique. La pièce est inspirée du drame bosniaque. En qualité de correspondant de Radio France Internationale, l’auteur a eu accès aux témoignages authentiques concernant les problèmes ethniques de ce pays. La véridicité des répliques des deux personnages y repose. Le lecteur (ou le spectateur) est transposé dans l’espace du conflit en Bosnie. Il n’y a que deux personnages sur la scène : Kate, psychologue, figure des États-Unis - autorité médiatrice dans cette guerre - soigne Dorra, la victime d’un viol en groupe, hospitalisée pour qu’elle récupère ses forces et qu’elle reprenne sa vie. Quelle est l’approche de Vi ş niec ? Partage-t-il l’opinion des sociétés occidentales (Vi ş niec vit en France depuis 1987) qui condamnent la « balkanisation » des pays de cette région située entre la Méditerranée, le Danube et la Mer Noire ? Considère-t-il les Balkans comme un territoire où se manifeste encore la fatalité ancestrale ou y voit-il la possibilité de la construction d’une unité européenne fondée sur la diversité de ses peuples ? Pour que nous puissions déterminer la position de Vi ş niec dans la problématique de l’identité ethnique, nous devons rappeler un trait distinctif de ses personnages : la vulnérabilité. On ne découvre jamais de héros dans ses pièces, mais des gens qui vivent des drames et qui sont rendus vulnérables par des événements divers. Bien évidemment, la guerre ne fait qu’accentuer ce phénomène de fragilité identitaire, au sens relevé par Paul Ricœur (2000) dans sa théorie sur la « fragile identité ». Celui-ci identifie trois causes qui déterminent le caractère fragile de l’identité : le
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