AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 97 rapport difficile au temps supposant l’utilisation de la mémoire comme composante temporale de l’identité, la confrontation avec autrui conçue comme une menace et l’héritage de la violence fondatrice. Les causes du conflit balkanique semblent être les mêmes. Le champ de bataille bosnien est le territoire de la transmission des valeurs par la mémoire, le lieu où l’on se rencontre avec autrui qui semble dangereux par sa différence ethnique et où le passé sanglant revient pour torturer les consciences. Le texte de Vi ş niec ne surprend pas par la nouveauté du sujet, le viol ayant été utilisé comme stratégie militaire non seulement en Bosnie ou dans les Balkans, mais aussi dans beaucoup d’autres régions du monde, servant parfois à des intérêts politiques (c’est le cas de la guerre d’Algérie, par exemple). Ce que l’auteur met en évidence c’est le droit de vivre et le droit de naître, malgré toute différence : Dorra, la femme abusée va avoir un enfant dont le père est la guerre , nom qu’elle utilise pour ses agresseurs. La fonction conative du texte consiste à dénoncer ces atrocités, l’auteur voulant sensibiliser le récepteur, le déterminer se poser des questions sur la légitimité de cette naissance particulière ou de l’avortement. Le processus de guérison de Dorra après le trauma du viol s’avère long et compliqué, fondé sur la (re)découverte de soi par l’entremise, d’un côté, de l’introspection et, de l’autre côté, par le rapport « moi – les autres ». L’auteur dramatique propose dans cette démarche deux méthodes: la voix professionnelle (l’hospitalisation de la victime, impliquant des soins médicaux et psychologiques) et la voix intérieure de la victime même (la manière propre de dépasser l’horreur vécue en tant que témoin et martyre involontaire de la guerre ethnique). Kate note dans son journal le parcours médical de sa patiente, utilisant des termes spécialisés, pour essayer de voir si les concepts arrivent à expliquer les sources de la violence ethnique en Bosnie : « libido nationaliste », « nationalisme libidinal », « sadisme ethnique infantile », concluant que « certaines notions qui tiennent de l’univers des pulsions éclairent mieux l’univers de la violence nationaliste que la terminologie classique ». Ces concepts de « pulsion nationaliste », « pulsion d’emprise », « pulsion d’agression », « pulsion de destruction » employés par Vi ş niec à décrire (sous la forme objectivée des fiches d’observation rédigées par le psychologue Kate) les violences des peuples balkaniques, renvoient au nationalisme balkanique. Le mot « pulsion » nous renvoie à la définition de Zangwill, cité par Van Gennep (1992, 29) : La nationalité, dans son aspect interne ou concave, étant une forme de sentiment, ne peut être expliquée que par la psychologie ; c’est – ou ce devrait être- une section de la psychologie des foules. Elle sourd de l’opération que je propose d’appeler LA LOI DE LA COOPÉRATION PAR CONTIGUÏTÉ. C’est la loi selon laquelle les atomes occasionnels sont

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=