AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 98 unifiés par un magnétisme mutuel et une congrégation, en un corps, en un team de sport, en une partie politique, chacun possédant son esprit de groupe spécial. La coopération, même à distance, détermine un sentiment de camaraderie ; la contiguïté, même sans coopération, pousse l’une contre l’autre. S’ils sont unis, ces deux magnétismes se multiplient réciproquement. Dérens considère que, par rapport à la France où les notions de citoyenneté et de nationalité sont synonymes, en Yougoslavie la nationalité désigne « une appartenance ethnique, qui n’est pas territoriale, puisqu’on conservait sa “nationalité” dans quelque république fédérée que l’on habitât, tandis que la citoyenneté est une notion territoriale : on était citoyen de sa république de résidence, quelque fût sa nationalité. » (2000, 138) Mais pour que ce sentiment collectif atteigne sa pleine forme, il faut, disait Zangwill, un danger commun. Ce qui s’est passé dans l’ex- Yougoslavie ce n’est que la conscience nationaliste poussée à l’extrême, dans le désir d’obtenir l’autonomie des ethnies qui vivaient sur le même territoire et qui sont devenues des adversaires. C’est dans ce sens de l’exacerbation du nationalisme que Vi ş niec associe métaphoriquement la femme à un pays, à une ethnie : Dorra représente une Bosnie agenouillée, opprimée, et la puissante Kate exprime, en fait, les frustrations d’une famille irlandaise déracinée et transplantée dans le sol américain. La rencontre des deux femmes nous dévoile deux cultures différentes, tout comme la transcendance des limites sociales et subjectives, le dépassement du cadre d’une guerre locale et le traitement de thèmes universels tels le viol, la guerre, les conflits entre les ethnies, l’altérité. Dans les Balkans, l’autre qui est différent est devenu une menace à supprimer. Cette suppression implique des actions agressives (y compris le viol) qui dépassent, pour beaucoup d’entre nous, tout niveau de compréhension possible. Bien que la torture et les traitements inhumains figurent parmi les crimes de guerre, on tue et on torture « sous le couvert du prétendu droit de la guerre », remarque Ricœur (2005, 5). Il reste à comprendre que derrière la souffrance provoquée à l’ennemi se cache « l’humiliation qui voudrait que l’autre persécuté perd le respect de soi, se méprise. ». C’est cette volonté de détruire l’autre par tout moyen qui a transformé le corps de la femme en un champ de bataille. Durant la guerre, comme le dit Vi ş niec, rien n’est plus intangible ou sacré : le viol de la femme de l’autre impose le vainqueur du combat, parce que s’attaquer à l’intégrité psychique et morale de l’autre est plus destructeur que toute attaque à son intégrité physique. L’identité ethnique À ce niveau de notre travail nous voudrions trouver une réponse à une question formulée par Dérens dans son ouvrage Les Balkans : la crise :

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