AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 96 C’est un espace périphérique habité par des personnages périphériques, en quête de soi, partagés entre un « ici » et un « là-bas » 6 . C’est justement cette réalité de la marge qui fait apparaître le sentiment de l’aliénation dominant l’espace et les personnages. Nous pouvons parler ainsi d’un espace « aliéné » et « aliénant » à la fois : « aliéné », car il semble avoir perdu toute caractéristique positive et s’être transformé dans un lieu de misère, un lieu clos ; « aliénant », car il enferme entre ses murs invisibles les personnages en leur interdisant d’évoluer, de mener une vie libre. Malika et Farida, les deux personnages féminins principaux autour desquels se construit l’action du roman Beur’s story de Farrudja Kessas vivent elles aussi dans un non-lieu qui leur refuse une bonne intégration dans la société française : les Marais Noires de la banlieue havraise. La conséquence, c’est un sentiment de mal-être auquel elles veulent échapper : Farida y arrive finalement, mais c’est au prix de sa vie. Avant de procéder à l’analyse de la banlieue telle qu’elle apparaît dans le roman étudié, il faut souligner que cet espace n’est pas constitué d’un seul élément. Tout au contraire, nous pouvons parler non pas d’ « un lieu », mais « des lieux » qui ont fait l’objet de différentes dichotomies : dedans/dehors, espace ouvert/espace clos, espace public/espace privé, espace masculin/espace féminin, espace réel/espace imaginaire, espace social/espace culturel. Nous pouvons observer que toutes ces classifications établissent en effet des oppositions. Dans notre analyse, nous préférons un autre découpage de l’espace, à savoir sous la forme des cercles concentriques 7 , qui accentue l’idée d’aliénation, d’enfermement, d’étouffement. Selon nous, il y aurait quatre cercles représentant la banlieue et les figures spatiales qui la composent : l’espace extérieur - la rue, l’école, la bibliothèque, le bar ; l’espace intermédiaire – le HLM ; l’espace intérieur – l’appartement ; l’espace imaginaire. Tous ces éléments jouent un rôle important dans la vie de Malika et de Farida ; malheureusement, il s’agit principalement d’un rôle négatif 6 Normalement, «là-bas» renvoie à un espace éloigné du point de vue géographique. Par exemple, dans le cas des parents, l’Algérie c’est «là-bas». Pour les personnages féminins nés en France, cette notion se réfère à un espace proche, qui reproduit en effet ce pays des ancêtres, c’est-à-dire la maison, gardienne des traditions ancestrales et en rupture avec les valeurs occidentales. Quant à la notion « ici », elle indique en général la société française. 7 Même si nous préférons ce découpage, nous nous appuierons aussi sur les classifications déjà mentionnées pour mettre en évidence l’aliénation des deux personnages féminins auxquels nous nous intéressons ici. Nous insisterons sur le fait que, à travers l’Histoire et d’autant plus dans la société arabo-musulmane, on a toujours attribué à la femme le dedans /l’espace privé/l’espace clos, tandis que l’homme a été considéré le maître du dehors/de l’espace public/de l’espace ouvert.

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