AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 97 entraînant la souffrance, le mal-être, ou pire encore la mort ou une possible aliénation, cette fois-ci prise dans son sens médical. En parcourant ces représentations spatiales, nous pouvons remarquer l’existence de deux espaces principaux déterminants pour les deux jeunes filles : il s’agit de la maison et de l’école, lieux qui s’opposent et coexistent en même temps et qui accentuent leur sentiment d’aliénation. La rue, la bibliothèque, le bar peuvent être considérés comme des espaces secondaires car ils sont moins présents dans le roman. Pourtant, malgré le petit nombre d’épisodes qui s’y déroulent, ces espaces influencent d’une manière essentielle le destin des deux copines : la bibliothèque permet à Malika de s’évader de la maison et de la réalité aliénante, grâce à la lecture ; la rue est elle aussi un endroit où son imagination s’envole vers d’autres horizons ; quant au bar, il offre à Farida la chance de vivre quelques moments de liberté, tout en étant responsable de sa mort. I. L’espace extérieur Espace beur 8 par excellence selon Laurence Huughe 9 , la banlieue « contribue à la production du sens par sa participation essentielle à la structure narrative globale. » (Lambert 1998, 114) Endroit « hors-ville », peuplé d’individus « hors-société », elle signifie marginalisation, stigmatisation, aliénation. Dans son roman, Farrudja Kessas nous présente la banlieue comme étant sale, désolante, d’où un sentiment de nausée : « Avisant le haut des tours de leur cité, Farida eut une moue de dégoût : ˝ Beurk, on arrive : quand je vois au loin pointer l’ombre de notre quartier, j’ai toujours la nausée. ˝ » (Kessas 2007, 14) 10 L’image dévalorisante de cet espace peut avoir, selon Sophie Body-Gendrot, une influence négative sur ses occupants : endroit stigmatisé signifie aussi habitants stigmatisés car ceux-ci, « [assignés] à [un territoire] en crise, en déclin [...] sont [désignés] par cet habitat. » (Body-Gendrot 1998, 11) La banlieue est en même temps un espace fermé, situé à la périphérie de la ville et séparé de celle-ci par un mur invisible qui ne permet aux habitants 8 « Pour des raisons économiques qui touchent l’accueil et l’insertion des immigrants dans les pays francophones, la plupart des écrivains migrants [nous pouvons y inclure les écrivains dits ˝ beurs ˝ ] sont citadins. Les espaces urbains [...] constituent tout d’abord le lieu de leur vécu, l’espace où se déroule leur processus d’acculturation, où ils peuvent expérimenter. » (Mata-Barreiro 2006, 229) 9 Voir Laurence Huughe, Écrits sous le voile. Romancières algériennes francophones, Écriture et identité , ch. Identité féminine, surveillance et déréliction : le roman des femmes beures , Paris : Publisud, 2001. 10 Dorénavant désigné par le BS.

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