AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 95 Il faut pourtant rappeler que ce ne sont pas ces écrivains qui ont fait de la banlieue un espace romanesque. Au XIX e siècle déjà, elle fait son apparition chez Zola, Balzac ou Hugo. À cette époque-là, il s’agissait des faubourgs dangereux qui renfermaient « des héros, des inventeurs, des savants pratiques, des coquins, des scélérats, des vertus et des vices, tous comprimés par la misère, étouffés par la nécessité, noyés dans le vin, usés par les liqueurs fortes. » (Balzac 1836, 2) À vrai dire, les choses n’ont pas trop évolué à travers le temps. Ce qui a changé c’est l’origine de la population qui habite à présent cet espace, l’origine des écrivains et la manière dont la banlieue est perçue. En ce qui concerne la population, celle-ci est composée à présent surtout d’immigrés et de leurs familles. Quant aux écrivains, Christiane Achour observe, dans son article Banlieue et littérature , que, si aux XIX e et XX e il s’agissait surtout des écrivains franco-français, dans la deuxième moitié du siècle dernier, nous retrouvons « un corpus francophone [...] , composé d’auteurs maghrébins, africains, antillais. » (Achour 2005, 3) Nous y ajoutons les écrivains issus de l’immigration, tels que Farraudja Kessas, à laquelle nous nous intéressons. À la différence des écrivains franco-français qui, dans la plupart des cas, ont vécu loin de la périphérie, et même à la différence des écrivains maghrébins ou africains qui y arrivent à l’âge adulte et la quittent à un moment donné pour retourner dans leur pays d’origine, les écrivains « de la deuxième génération » sont nés ou sont arrivés dès leur enfance dans la banlieue, et certains d’entre eux y vivent encore, comme c’est le cas de Faiza Guène 5 . Si leurs prédécesseurs avaient décrit la banlieue de l’extérieur, ils vont la présenter de l’intérieur en tant que « territoire d’enfance qui reste collé à la semelle de leurs chaussures et aux touches de leur clavier. » (Achour 2005, 6) Chez ces écrivains, la banlieue renvoie toujours à un espace d’exclusion, de marginalité, de stigmatisation, à un hors-lieu : Cette grisaille qui s’installe et qui étouffe en serrant fort le corps petit à petit comme une pieuvre […]. Dans le béton qu’ils poussent, les enfants. Ils grandissent et lui ressemblent, à ce béton, sec et froid. (Charef 1983, 57) Je suis entourée par ces immeubles aux aspects loufoques qui renferment nos bruits et nos odeurs, notre vie d’ici. Je me tiens là, seule, au milieu de leur architecture excentrique, de leurs couleurs criardes, de leurs formes inconscientes qui ont si longtemps bercé nos illusions. (Guène 2006, 36) 5 Née en 1985 à Bobigny, l’auteure des romans Kiffe kiffe demain (2004), Du rêve pour les oufs (2006) et Les gens du Balto (2008), vit à présent à Pantin, dans la banlieue parisienne.
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