AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 94 1. Introduction À côté de l’intrigue, des personnages et du temps, l’espace représente un des éléments essentiels de la structure narrative d’un roman. Il joue le rôle de décor pour les actions des protagonistes et, en même temps, il « [revêt] des significations multiples » (Bourneuf 1970, 94). Par conséquent, il représente plus que la « somme des lieux » (Bourneuf 1970, 94) vu que toutes les figures spatiales sont organisées dans une « configuration spatiale » 1 productrice de sens. L’espace qui a retenu notre attention est la banlieue, plus précisément la banlieue havraise, telle qu’elle apparaît dans le roman Beur’s story de Farrudja Kessas. Il s’agit d’un espace signifiant qui renvoie, de même que chaque élément qui le compose (la maison, le HLM, l’école, la bibliothèque, le bar), à l’idée d’aliénation, d’enfermement, d’étouffement. 2. La banlieue – un espace romanesque Publié en 1990, le roman de Kessas peut être inclus dans ce que certains appellent « la littérature beur » ou « la littérature de l’immigration ». Si nous passons en revue les œuvres publiées par des écrivain(e)s issu(e)s de l’immigration maghrébine à partir des années ‘80, nous pouvons observer que la banlieue y est un espace omniprésent. Il est vrai que certains romans situent leur action dans des bidonvilles 2 qui se trouvent « au plus bas de l’échelle » (Obajtek-Kirkwood 2008, §7) ou dans des cités de transit 3 « à peine plus vivables » (Obajtek-Kirkwood 2008, §8), mais ces deux territoires de même que la banlieue renvoient à la même réalité : la périphérie des grandes villes, lieu d’exclusion et de marginalité, où s’entasse une population immigrée, où les mots d’ordre sont pauvreté, violence, chômage 4 . 1 Voir Fernando Lambert, « Espace et narration : théorie et pratique », Études littéraires , vol. 30, n° 2, 1998, 111-121. 2 « Le terme, importé d’Afrique du Nord, a été utilisé pour caractériser, à partir des années cinquante, des terrains sur lesquels sont utilisés aux fins d’habitation des locaux ou des installations impropres à toute occupation dans des conditions régulières d’hygiène et de sécurité » (Damon 2004, 2) ; « non seulement insalubre et dangereux pour la santé de ceux qui habitent, il est aussi avilissant sur le plan social et marque négativement ceux qui sont contraints d’y vivre. » (Gastaut 2004, 4) 3 En tant que « lieu[x] d'hébergement provisoire[s] où [étaient] logés des immigrés » ( http://www.cnrtl.fr ), les cités de transit étaient destinées aux « familles algériennes, considérées comme mal préparées à intégrer un logement “normal”, [qui] devraient connaître au préalable une période de ségrégation, pendant laquelle elles apprendraient comment vivre dans la société française. » (Lyons 2006, 45) 4 Voir par exemple les romans Gone du Chaâba (1986) d’Azouz Begag, Le thé au harem d’Archi Ahmed (1983) de Mehdi Charef, ou La grâce (2008), publié par Hamid Aït-Taleb.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=