AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 99 de la maison, qui ont droit de vie ou de mort sur toutes les femmes de la famille, y inclus leur propre mère. Par contre, quand les filles sortent, cela se termine constamment mal. Qu’elle rentre à la maison de l’école ou d’une visite rendue à son amie, Malika sait toujours qu’elle doit se presser, car même un retard de quelques minutes peut avoir des conséquences néfastes. La mère ou son frère Mohammed seront là pour lui reprocher qu’elle aime traîner dans la rue comme une fille facile sans penser à son honneur, le bien le plus précieux d’une fille et de toute sa famille. Leur attitude s’explique par leur peur du « ce qu’on dira ». Les ragots se propagent vite et une fille sage peut devenir du jour au lendemain une pute, entraînant la honte sur sa famille. Selon Laurence Huughe, (…) le roman de Farrudja Kessas est celui qui décrit le plus précisément le fonctionnement du système de surveillance qui permet à la famille immigrée de contrôler les allées et venues de leurs filles [...]. Tout se passe comme si les murs de la cité avaient des yeux et des oreilles et que tout faux-pas de la part de jeunes filles était rapporté sans atteindre à la famille. » (2001, 71-72) L’épisode de la punition de Farida après son entrée dans un bar est éloquent. La jeune fille ne voulait que vivre sa vie, faire un geste qui, pour ses camarades d’école, était quelque chose de normal. Malheureusement pour elle, quelqu’un de la famille l’a vue sortir du bar situé à côté de son lycée en compagnie de plusieurs filles et garçons et a tout de suite annoncé son père et son frère ; Farida est punie et ensuite enfermée dans sa chambre : son rêve d’aller à l’université se brise dans un instant. Ainsi, ce non-lieu peut être considéré comme une des sources de la crise identitaire vécue par les deux personnages féminins. Espace bâtard, il « [produit] des êtres au statut imprécis » (Benarab 1994, 135), des « personnages sans » (Bonn 2005, 9), aliénés, en quête de soi. Ce n’est pas seulement la banlieue comme un tout qui se trouve sous le signe de l’aliénation. Chaque élément qui la compose – la rue, l’école, la bibliothèque, le bar subissent la même influence et contribuent au mal-être des personnages. I.1. La rue L’espace extérieur est dominé par l’image de l’homme. C’est lui le maître, le seul à avoir le droit de s’y rendre. Par conséquent, la rue, en tant que composante de la banlieue, est elle aussi un espace interdit à la femme ou au moins hostile à celle-ci. Chaque fois que Malika sort de la maison, l’atmosphère est morose, il pleut, il fait froid ou c’est le vent qui souffle. Les
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