AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 100 gens, aux visages « fatigués, tristes et sans expression » (BS, 27) ne s’adressent jamais la parole, même s’ils se rencontrent chaque matin dans l’arrêt bus. La rue semble ainsi ne pas admettre la chaleur des relations interhumaines. Malika oppose tout ce tableau à la cordialité des gens du sud : « Ah ! Ces Nordiques ! pensait à part elle Malika, si c’étaient en Algérie ! » (BS, 27) La jeune fille transforme pourtant cette hostilité de la rue dans un lieu de la liberté. Son imagination peut finalement s’évader vers de « merveilleux paysages pleins de couleurs et de sons » (BS, 28) où elle pourrait être maîtresse de son destin. C’est toujours dans la rue que Malika n’obéit plus aux traditions lui interdisant d’approcher un homme, et fait une courte promenade à pied en compagnie d’un camarade de classe. C’est peut-être le geste le plus courageux qu’elle fait car, à la différence de Farida, Malika semble comprendre le destin que sa famille lui prépare : pas de contact avec des garçons, un mariage arrangé, si possible avec un cousin d’Algérie qu’elle ne connaît pas, auquel elle doit obéir. I.2. L’école Espace omniprésent dans les romans des écrivains issus de l’immigration magrébine, l’école est toujours présentée en opposition avec la maison. Il s’agit de deux figures spatiales « qui ne cessent pas de s’affronter » (Benarabe 1994, 122). Ainsi, Malika et Farida sillonnent-elles chaque jour entre deux cultures totalement différentes et inconciliables : « celle qui est entretenue à la maison par les parents et celle qu’[elles] trouvent en dehors du foyer, surtout à l’école. Géographiquement, la distance séparant les deux lieux est minime ; sur le plan mental, elle peut être gigantesque » 15 . Ce va- et-vient accentuera davantage le sentiment d’aliénation ressenti par les deux jeunes filles. Les significations que cet espace acquiert à travers le roman de Kessas sont complexes 16 . Ainsi, l’école est perçue comme un « point de rupture entre les parents et leurs enfants » 17 . Les parents de Malika sont des immigrés illettrés. Ils n’accordent pas beaucoup d’importance aux études de leurs filles. C’est surtout la mère qui affiche une vraie aversion envers l’école : 15 Alec Hargreaves, « Le sentiment de l’exil chez les écrivains issus de l’immigration maghrébine en France », Colloque international sur les « Arts de l’émigration », Fès, 15-16 avril 1993, cité par Fatiha El Galaï, 2005, 89. 16 Nous partons dans l’analyse de cet élément de la typologie exposée par Fatiha El Galaï dans son ouvrage Identité en suspens, à propos de la littérature beur , Paris : L’Harmattan, 2005, 89-100, que nous allons compléter avec d’autres éléments. 17 Azouz Begag, « Du bidonville à l’édition », Hommes et migrations , n o 1112, avril 1988, cité par Fatiha El Galaï, 2005, 90.

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