AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 102 à être finalement une bonne épouse. En même temps, en restant à la maison, la jeune fille peut être mieux surveillée, tandis qu’à l’école, il n’y a que Dieu pour l’observer et la protéger. Cette peur de la perdition des jeunes filles vient du fait qu’une fois sorties de la maison, elles peuvent lier amitié avec des garçons, chose totalement inconcevable pour une famille immigrée musulmane. Faire la connaissance d’un garçon ou oser lui parler signifierait commettre une faute impardonnable qui attirerait la honte sur toute la famille. Pourtant, l’école a aussi des significations positives. Elle est l’espace d’une passion : la passion pour la lecture, pour la langue française, pour les études en général, qui permettent à Malika d’oublier pour quelques heures sa vie triste. À la maison, personne ne semble comprendre ce penchant de la jeune fille : quand elle est en train de faire ses devoirs, elle est toujours interrompue soit par sa mère qui lui demande de l’aider dans la cuisine, soit par Mohammed, son frère aîné, qui lui exige de lui préparer à manger, soit par ses petits frères qui ont envie de regarder la télé, ou par son père qui veut lui montrer des photos d’Algérie. Pire encore, son frère Slimane se venge contre elle en lui déchirant un devoir important qu’elle devait rendre le lendemain. Malgré tout cela, Malika s’entête de bien travailler à l’école, étant convaincue que c’est le seul moyen pour elle d’accéder à une vie meilleure. Nous arrivons ainsi à une autre signification de cet espace : l’école-avenir ou l’école-espoir. Jean-Michel Ollé parle même d’« une planche de salut » 19 , tendue par le destin. Il s’agit aussi d’un endroit de la liberté où Malika et Farida, de même que leurs copines, peuvent enfin laisser tomber leur masque de filles super-sages, être elles-mêmes et parler de leurs désirs, de leurs espoirs, qui, dans la plupart du temps, ne coïncident pas avec ceux de leurs parents : Ensemble, elles parlaient le même langage ; elles oubliaient la maison, leur pauvreté, les menaces et les portes qui se renfermaient si lourdement derrière elles [...]. Elles laissaient tomber leur masque de petites lycéennes modèles et renouaient avec leur origine. Ensemble, elles aimaient parler d’elles, de leurs espoirs, de leurs désespoirs, de leurs études aussi qui leur entrouvraient la porte vers un avenir différent, moins désespéré que celui de leurs mères. (BS, 32-34) L’école est aussi un espace de refuge qui, de même que la bibliothèque, semble pouvoir protéger Malika contre l’atmosphère aliénante de la maison. Chaque fois qu’elle ne supporte plus l’étouffement de l’appartement, elle part plus tôt à l’école, « comme si elle [fuyait] la maison 19 Jean-Michel Ollé, « Les cris et les rêves du roman beur », in Le Monde diplomatique , octobre, 1988, 27, cité par Fatiha El Galaï, 2005, 90.

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