AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 104 et son entourage. Ce n’était qu’un endroit où les types ne pensent qu’à draguer, plein de fumée et d’idées pas claires, d’alcool à gogo et de sous- entendus malhonnêtes. (BS, 76) Seule Farida n’accepte pas la vision négative de cet endroit. Pour elle, le bar est un espace de la liberté, un refuge où elle peut oublier pour quelques instants toutes les souffrances qu’elle a connues dans sa vie et où elle peut exister vraiment. En même temps, entrer dans un tel endroit est synonyme de franchir le seuil d’un espace interdit et de se prouver qu’elle peut être maîtresse de sa vie. C’est aussi une manière d’être comme les autres – les camarades de classe qui pouvaient aller n’importe où sans demander la permission de leur parents ou sans craindre la réaction de ceux-ci ; en effet, toute sa vie, Farida a eu un seul vœu : vivre une vie normale, sans interdits : « J’en avais lourd sur le cœur, j’avais besoin de me noyer dans quelque chose d’interdit [...] . Tu comprends, j’avais besoin de leur dire ˝ merde ˝ [...] . Je m’en fiche pas mal qu’ils l’apprennent, je vais leur montrer de quoi je suis capable. » (BS, 83) Si pour les autres, le bar est synonyme du péché, pour Farida il est plutôt un lieu de purification. Quand elle sort de cet endroit, elle a l’impression d’y avoir abandonné toutes ses pensées noires. Ainsi, « avant d’entrer au café j’étais pure, j’étais aussi pure en ressortant, peut-être plus. » (BS, 112) Pourtant, dans le cas de Farida, cet espace finit par se transformer dans un lieu de « perdition ». Cette fois-ci, ce n’est pas dans le sens de « dépravation », de « ruine morale », mais d’« anéantissement », de « mort ». Punie à cause de son audace d’entrer dans un espace interdit, la jeune fille ne supporte plus l’humiliation et décide que sa vie n’a plus de sens. Elle se jette par la fenêtre de l’appartement de sa tante, en mettant ainsi fin à un destin impitoyable d’immigrée. II. L’espace intermédiaire Après avoir analysé les figures spatiales qui composent l’espace extérieur, nous nous intéressons maintenant au HLM – espace intermédiaire entre le dehors et le dedans. « Haut, long, sans cœur ni âme » (Charef 1988, 25), aux « murs lépreux » (BS, 114), le HLM renvoie plutôt à un lieu de la déchéance humaine. Où qu’on regarde, dans la cage des escaliers ou sur les murs, on ne retrouve que des signes de la misère. Chaque fois que les personnages y pénètrent, ils ont l’impression qu’ils vont bientôt s’asphyxier : Malika [prenait] soin de boucher ses narines [...]. La puanteur opaque semblait suinter des murs et des escaliers. (BS, 16)
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