AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 105 Évitant les plaques de pisse et les crottes confies depuis le temps qu’elles moisissaient là, ils [les enfants de la famille Azouïk] se dirigeaient tant bien que mal dans la nuit. (BS, 125) Espace invivable, maladif, le HLM devient aussi le symbole de l’enfermement. Chaque individu y mène sa vie loin du regard des autres, dans sa propre cage ou plutôt dans sa propre cellule. Les relations interhumaines sont presque absentes. Si elles existent, elles sont empreintes de méfiance : on a l’impression que tout le monde s’épie, on a peur que les autres ne puissent apprendre les moindres secrets de sa famille. Nous avons affirmé que cet espace fait la liaison entre l’espace extérieur et celui intérieur, entre l’espace masculin et l’espace féminin. Pour être plus précis, ce passage est réalisé par les escaliers. Sales, condamnant tout être humain à un air vicié, ils finissent par symboliser pour Malika, qui est en train de les monter, une descente aux Enfers, au Jugement dernier. Cette signification apparaît lors de l’épisode de la correction corporelle infligée à la jeune fille : il faisait nuit, Malika était en retard, elle craignait l’attitude de sa mère et Dieu était le seul qui pût l’aider : « Prudemment, elle monta les escaliers en comptant les huit marches [...] . Elle comptait pour dévier sa pensée du sort qui l’attendait [...] . Elle pria doucement : ˝ Mon Dieu [...] , vous qui êtes bon, vous qui savez que je n’ai rien fait du mal, faites qu’elle [la mère] ne me dise rien ˝ » (BS, 51). Malheureusement, sa prière n’est pas écoutée et la jeune fille sera sévèrement punie pour un péché qu’elle n’avait pas commis. À la fin du roman, ces mêmes escaliers semblent la conduire vers une possible folie ou même vers la mort 20 . Après avoir rencontré Farida, ou plutôt le spectre de celle-ci, Malika emprunte le même chemin qui mène cette fois-ci non pas à l’Enfer, mais vers un espace tranquille, où elle retrouve finalement la paix tant convoitée : « Apercevant de loin cet îlot où elle habitait, elle se mit à courir comme si elle voulait fuir, monta quatre à quatre les escaliers de son immeuble et ouvrit la porte à toute volée. Un calme plat régnait dans l’appartement. » (BS, 231) 20 Selon nous, la fin ouverte du roman laisse place à l’interprétation. Nous pourrions considérer soit que Malika ait perdu l’esprit, soit qu’elle soit morte. Elle arrive à la maison heureuse d’avoir rencontré dans la rue sa meilleure amie qu’elle n’avait plus vue depuis longtemps. Tous les membres de sa famille sont choqués à cause de ce que la jeune fille raconte car ils savent tous que Farida est morte : « Sa mère sursauta [...], les yeux exorbités [...]. Ils [se regardaient] effarés. ˝ Malika ! Malika tu délires ! la fille qui s’est tuée hier, c’était Farida ! ˝ ». Alors, nous pourrions voir dans le comportement de la jeune fille les signes de l’aliénation mentale. En même temps, son corps livide, dépourvu de vie qui « se brisa comme une porcelaine sur le sol » pourrait indiquer la mort du personnage. (BS, 232)
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