AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 107 La chambre, espace fermé par excellence, représente un lieu de refuge pour Malika 21 . C’est ici qu’elle se cache après les disputes avec sa mère, qu’elle se replie sur elle-même, qu’elle souffre ou pleure. Mais cette souffrance, ces larmes, sont libératrices et l’espace reste protecteur et purificateur. C’est toujours ici que, pendant les moments où tout semble s’effondrer autour d’elle, elle invoque un être bienfaiteur de l’au-delà : sa grand-mère, symbole de la douceur, la seule qui puisse lui rappeler des moments heureux de sa vie. Généralement, quand Malika ou Farida se trouvent dans leurs chambres, elles sont présentées allongées soit sur leur lit, soit par la terre, la tête tournée vers le mur. Nous avons l’impression qu’il s’agit des êtres prêts à rendre leur âme. Ainsi, le lit devient un cercueil et la chambre un espace mortifère. Cela d’autant plus que les personnages féminins, surtout Malika, préfèrent rester dans l’obscurité. À cela s’ajoute un sentiment d’étouffement et d’épuisement, souvent présent. Si la chambre des filles est accessible à tous les membres de la famille qui peuvent y entrer sans demander la permission, celle des garçons représente un lieu interdit où Malika et Fatima n’ont pas le droit de pénétrer. Quant à la pièce des parents, elle est un espace sacré que tous les enfants vénèrent. Dans le cas de Farida, la chambre fermée à clé devient un endroit de confidences secrètes. C’est ici que la jeune fille avoue pour la première fois à Malika son amour pour Abdel. Comme nous l’avons déjà dit, ce n’est que dans la cuisine que la femme peut régner. C’est surtout l’espace de la mère. Madame Azouïk y passe la plupart de son temps soit en préparant le repas, soit en bavardant avec sa copine. Elle la considère le seul endroit convenable à la femme et essaie d’apprendre à ses filles à s’y débrouiller parfaitement car, selon elle, une femme ne doit pas savoir lire ou écrire, mais cuisiner irréprochablement pour son mari. Mais, quoi qu’elles fassent, Malika et Farida ne réussissent pas à contenter leur mère ; tout au contraire, leur maladresse l’exaspère. Celle-ci se transforme dans une vraie ogresse qui sanctionne, verbalement et physiquement, ses progénitures, la cuisine devenant un espace de la violence. Pourtant, il y a un moment où elle est perçue comme un endroit protecteur : quand Malika est punie sévèrement par son frère dans la salle à manger, Fatima, angoissée, s’y réfugie. 21 Il y a aussi d’autres personnages qui préfèrent se réfugier dans leur chambre. Farida en fait une vraie forteresse pour se protéger contre le comportement violent de sa mère et, par la suite, de son propre père. Mohammed, le seul enfant des Azouïks qui ne partage pas sa chambre avec quelqu’un d’autre, s’y échappe après le conflit avec son frère Abdel. Même le père, la plupart du temps absent, choisit, quand il reste à la maison, de rester cloîtré dans sa chambre qui lui rappelle son Algérie bien aimée.

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