AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 108 Cet endroit, de même que la chambre des parents, rappelle en quelque sorte l’Algérie. On y retrouve des objets traditionnels, tel le mortier qu’Abdel a apporté à sa mère de l’autre côté de la Méditerranée, ou l’attirail que son père utilise pour tuer le mouton lors des fêtes de Laïd. Dans la cuisine, la mère perpétue aussi les traditions ancestrales, comme la préparation du couscous dominical, ou du « lejouaze » 22 (BS, 140), en fredonnant des chansons de son village natal. IV. L’espace imaginaire Obligée de vivre dans un espace aliéné et aliénant, Malika essaie de combattre ce sentiment de mal-être en se créant des « espaces intermédiaires » (Grell 2002, 210). La lecture, les promenades, la rêverie, deviennent alors des « îlots refuge » (Grell 2002, 2011) à l’aide desquels la jeune fille oublie pour quelques instants le fait de vivre dans le « mauvais endroit » : la banlieue – un hors-lieu qui condamne ses habitants à la marginalisation, à l’exclusion ; la famille – une vraie prison où règne la méfiance et la violence et où l’amour filial ne trouve pas sa place. Ainsi, en se construisant ces « ailleurs », Malika a l’impression qu’elle n’est plus « [prisonnière] des lieux et espaces imposés. » (Grell 2002, 211) Grâce à la lecture, la jeune fille se fait de nouveaux amis : bien qu’ils soient muets, ils deviennent ses confidents ; eux seuls connaissent tout le désarroi qui hante son âme. Les livres « [l’emmènent] loin de sa maison » (BS, 66) et lui font découvrir un autre monde, où les individus ont le droit d’être libres, peuvent aimer ou s’aimer. Quand elle ne lit pas, Malika préfère laisser sa pensée s’envoler « vers d’autres cieux plus bleus, plus purs » (BS, 32). Elle s’imagine soit sur la plage, « s’enroulant dans le sable chaud et bon, aspirant de larges bouffées de vent marin et frais » (BS, 19), devant la mer infinie, soit dans la maison de sa grand-mère. En effet, l’Algérie représente un espace de l’évasion pour ses parents aussi. Pour eux, c’est le Paradis perdu, où ils souhaiteraient retourner, mais qui semble s’éloigner d’eux au fur et à mesure que le temps passe. Malika perçoit elle aussi le pays de ses ancêtres comme un lieu paisible, où elle pourrait renouer avec ses origines et même continuer ses études. Lors de ses promenades en solitaire, la jeune fille regarde attentivement tout ce qui se passe autour d’elle car, une fois arrivée chez elle, elle en tirera des éléments qui alimenteront ses rêves. « Les belles maisons spacieuses et accueillantes » (BS, 28) ou le motocycliste inconnu qu’elle croise chaque 22 Ragoût, repas.
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