AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 116 citation peut aussi fonctionner comme un modèle d’illustration ou d’appui textuel : Moi, je mènerai la révolte de la cité du Paradis. Les journaux titreront “Doria enflamme la cité” ou encore “la pasionaria des banlieues met le feu aux poudres”. Mais ce sera pas une révolte violente comme dans le film La Haine où ça se finit pas hyper bien. Ce sera une révolte intelligente, sans aucune violence, où on se soulèvera pour être connus tous. Y a pas que le rap et le foot dans la vie. Comme Rimbaud, on portera en nous “le sanglot des Infâmes, la chaleur des Maudits”. ( Kiffe kiffe demain , 189) Ce passage se compose d’une double référence intertextuelle : cinématographique, en évoquant le titre et la fin du film célèbre sur les banlieues, La Haine , et littéraire, par les vers de Rimbaud tirés du poème L’Orgie Parisienne ou Paris se repeuple , qui date de mai 1871. Ces deux références reprennent le champ isotopique de la révolte dans le film et l’œuvre du poète français. Le film de Mathieu Kassovitz, produit en 1995, représente l’univers et le langage des jeunes qui vivent dans les quartiers défavorisés. Il est devenu un film culte qui témoigne des particularités socioculturelle et ethnique des jeunes issus des milieux urbains périphériques. La référence cinématographique sert de repoussoir textuel permettant à la narratrice de se situer par rapport au vécu de ces jeunes. Doria est du côté des marginalisés infâmes , maudits , mais elle veut le changement en évitant la violence et la destruction. En outre, la référence littéraire est intégrée souvent aux structures discursives humoristiques du narrateur : « Ma paire de chaussettes aux couleurs du FC Nantes laissaient apparaître mes deux orteils qui me visent comme les gros yeux de Kâa le serpent hypnotiseur du Livre de la Jungle . » ( Boomkœur , 71) Cet intertexte qui a recours à un comparant tiré d’une œuvre romanesque de Kipling, à son titre et à un de ses personnages principaux est reformulé d’une autre manière quelques pages plus loin : « Dans la jungle du quartier, la rapacité des Grimlins a encore frappée. » ( Boomkoeur , 107) La référence littéraire permet au narrateur de décrire la cité où règne une atmosphère de violence sauvage qu’il ne supporte plus. Nous retrouvons la même technique dans le roman de Faïza Guène où la narratrice s’apitoie sur son sort : « les autres [vestes démodées], si je les mets, tout le monde m’appelle “Cosette.” » ( Kiffe kiffe demain , 100) Il s’agit d’une reprise de l’image de la pauvreté littérairement consacrée par Les Misérables de Victor Hugo. Les passages cités révèlent l’effort de ces narrateurs d’utiliser des modèles littéraires qui ne sont pas explicitement désignés, mais dont l’écho stylistique apparaît ponctuellement. Le narrateur du Gone du Chaâba
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