AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 118 intégrées à une énonciation qui se veut avant tout une écriture de la dérision, comme dans ce dernier exemple. C’est pourquoi il s’agit d’influences stylistiques qui sont pastichées dans la mesure où le modèle littéraire français est pris « comme un modèle ou patron pour la construction d’un nouveau texte qui, une fois produit, ne le concerne pas. » (Genette 1982, 42) En outre, le pastiche qui « consiste à repérer le ton ou le style d’un auteur puis à le transposer dans un texte nouveau. L’imitation peut être fidèle, approximative ou même seulement allusive, prendre pour objet un écrivain, un texte particulier, un courant littéraire […] développe une écriture inséparablement mimétique et analytique. » (Aron 2008, 6-7) Le narrateur Béni reproduit des procédés précis, entre autres, le descriptif : « Face à notre bâtiment qui ressemblait à un paquebot fantôme assis sur un océan de nuit calme. Seuls les hublots phosphorescents indiquaient que des hommes vivaient à bord » ( Béni ou le paradis perdu , 87) ou le narratif : « J’ai fondu d’amour et j’ai allumé la lumière : ma France, devant moi, souriante, à quelques battements de cœur de mon corps, elle attend que je pose mon amour sur le bord de ses lèvres comme l’automne souffle dans le jardin de pétales de la rose. » (52) L’imitation est aussi d’ordre rhétorique, par le biais des figures de style comme la comparaison. Les narrateurs ne respectent pas plus les modèles littéraires que les conventions de leur emploi pour produire cet intertexte ironique. Ce dernier a pour effet de produire le rire, comptant sur l’effet dérangeant de la grossièreté des paroles déplacées. 6 Par ailleurs, le réseau intertextuel exploite la technique de l’autoréférence. En effet, les narrateurs renvoient, souvent, à leurs propres discours. Nous retrouvons cette technique dans le roman de Djaïdani, où le narrateur se plait à pasticher les proverbes et les réutiliser à tout bout de champ : « Mais Zoubir, le barbu, le résume de la façon suivante : “c’est pas l’habit qui fait l’imam” ça fonctionne aussi » ( Boomkoeur , 17), et, quelques pages plus loin : « je préfère réfléchir plutôt que me friter, mais mon physique y est pour beaucoup, malgré mon look de rappeur, le proverbe a une fois de plus raison : “l’habit ne fait pas l’imam.” » (40) La reprise textuelle renforce le discours ironique qui dénonce les pratiques adolescentes et le look adoptés par ces jeunes qui veulent à tout prix se démarquer des autres. La critique 6 Les paroles déplacées sont, pour reprendre les termes de Charles Bonn, les discours des hommes de lettres issus des anciennes colonies qui marquent leur rupture avec la vision du monde occidentale. Dans le cas des écrivains « beur », leur parole déplacée relève, nous semble-t-il, d’un discours qui reflète un clivage social et ethnique dans le pays d’accueil. C’est pourquoi l’intertexte met en valeur cette volonté de détourner les expressions consacrées.
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