AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 127 connaissances précises, et pas mal de silence, justement. Quand il avait beaucoup parlé, - et tout de suite il vociférait, c’était plus fort que lui -, John savait que ses mains restaient tremblantes un moment, incapables d’un travail de finesse (…) Rien à reprocher à Paddy, vraiment rien ? Ou le pire ? Quelque chose qu’il ne pouvait dire, qu’il lui fallait hurler ou taire en étouffant. Hurler et elle n’écoute pas, elle a son sourire de morte et de sainte pitoyable ! (JP 15). La seule manière de s’exprimer, ce serait de frapper Paddy, quand elle se tient courbée, qu’elle ramasse les graines des oiseaux. Un coup qui dirait : Ordure ! Un autre : Réveille-toi, habille-toi, déshabille-toi, fais quelque chose ! Les mains lui tremblent à cette idée mais jamais il n’a frappé Paddy ; sa colère se porte contre le mobilier, même pas contre les animaux. Les meubles font plus de bruit, en somme ils répondent mieux ! (JP 22) À cette violence déchaînée, Paddy oppose une patience tintée de tristesse qui entame la patience de John. La faille s’est creusée entre eux, nous l’apprendrons par l’intermédiaire des divers indices parsemés tout au long du texte, depuis qu’un événement terrible est survenu. Il s’agit de la mort, cinq ans auparavant, d’un certain Jim, un adolescent des fifties , à grosse moto et à guitare, dont la mémoire muette, représentée par la petite veilleuse toujours allumée dans la chambre vide, unit et sépare à la fois John et Paddy. La réconciliation n’est plus possible car la cause même de la rupture est indéfinie et l’action se fige dans l’attente floue d’une fin incertaine. En arrière-plan, apparaissent deux autres personnages secondaires : Dorothy Lawney – une ancienne amie qui vient s’installer dans leur maison sans que les deux puissent lui opposer résistance – et le professeur Godwin – un voisin qui analyse dans une perspective scientifique l’évolution du couple et observe quasiment indifférent John et Paddy. Mais leur présence reste une simple digression et ne rajoute rien à l’action car, à vrai dire, il n’y a pas de progression dans le récit : on pourrait éventuellement parler juste d’une intensification des vécus qui mène à un paroxysme total, dans ce contexte, la mort de Paddy apparaissant comme la seule chute possible. Ce qui distingue John Perkin de la majorité des romans des années ’60 est la présence des personnages à contours fort clairs. Le récit ne se replie pas sur lui-même, mais l’auteur garde l’idée de présences individuelles définies par leur passé ou leurs aspirations et qui pourraient orienter la lecture : Et puis, il y a quelque chose, c’est que je n’aime pas les romans sans héros. Un héros c’est quelque chose d’assez positif pour moi, c’est quelqu’un qui cherche l’impossible, et ça il y a des gens qui l’ont vu. Dans tous mes romans, il y a une recherche de l’impossible, l’impossible qui par-delà les gestes… l’impossible qui fait que quelqu’un tout d’un coup s’arrête dans le roman et regarde la mer ou regarde un insecte ou n’importe quoi, et il part

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