AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 133 lui, et la chasse reprenait, lente et frénétique à la fois. Enfin le matou en ramena un dans sa griffe, et le croqua bruyamment. – Il faut faire une photo, dit John. (JP 70) De nouveau, la photographie semble être un croc dans le texte qui nous permettrait de distinguer la réalité de la fiction. Faux chemin – la photo a été prise avec le même appareil que celle de John à Dijon ou celle de Jim sur la plage, comment s’y fier alors ? Ce n’est pas cette inexactitude dérisoire concernant le nombre des chats qui importe mais ce qu’elle symbolise : non seulement le passé ne peut être revécu mais le souvenir est traitre. 3. L’avenir atemporel Au-delà de la réflexion sur la vérité du récit, cet événement apparemment insignifiant permet à l’auteur un double changement : d’un côté, il représente l’occasion d’une hésitation dans le texte, d’un intense scrupule , et de l’autre, le changement de voix narrative. La première fin proposée par le récit nous fait voir John lors de l’une de ses errance nocturnes, se promenant autour de la maison et apercevant par la fenêtre entrouverte du sous-sol Dorothy et deux copains nus : « Sur ce lit grand ouvert, drap et couverture rejetés, ils étaient couchés tous les trois, Dorothy, l’amie et un homme. Innocente ou démoniaque, Dorothy Lawney ? John n’aurait certes pu le dire, qu’était-il, lui, même à ce moment- là, était-ce l’indignation d’une âme foncièrement pure, ou l’irrésistible besoin du mal, le mortel regret ? » (JP 111) Ce tableau déclenche la fureur de John agrandie par le mensonge qu’il entend prononcer : “C’est moi, disait-elle, qui ai acheté les poissons ! Je déteste cela, les poissons. Et regarde Paul, il est comme un gros poisson, Norma, pourtant qu’est-ce qu’on l’aime !” “Ils ont mis les chats dans la baignoire”, disait-elle encore. Ce fut ce petit mensonge sur le nombre des chats dans la baignoire, cette pure et simple exubérance de la conversation, qui tira John Perkins de sa stupeur. (JP 112) John s’en va et, à son retour, retrouve Paddy morte sur le plancher de leur chambre. La mort de Paddy n’est pas la fin d’une histoire mais au contraire, elle perpétue l’état de déchéance : John, libre maintenant, ne peut pourtant quitter la maison pour s‘enfuir en France ; il se trouve d’autant plus attaché à cet univers une fois étouffant, maintenant devenu trop calme, la seule solution envisageable étant d’attendre lui aussi sa fin : « Jamais il ne s’est senti aussi calme, aussi rassuré, définitivement apaisé. Le seul qui reste, pense-t-il, le seul vivant, je n’ai qu’à attendre, attendre en apprenant la

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