AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 134 guitare. Il a retrouvé cette même nuit l’adresse du mexicain qui donnait des leçons à Paddy. » (JP 138-139) Le fait que John choisit de rester dans cette maison vide semble surprenant à une première vue - rien ne le retient plus dans un pays qu’il n’aime pas, dans une ville métamorphosée en enfer, dans une maison peuplée de fantômes ; il pourrait enfin poursuivre son rêve, retrouver Annette Boulard et tout recommencer à zéro. Pourtant John y reste et attend… on ne sait pas exactement pourquoi et on ne sait pas exactement quoi (la mort ? – alors à quoi bon de prendre des leçons de guitare ? ; un changement indéfini ? – pourquoi ne pas devenir donc soi-même moteur de ce changement ?). Mais cette attente nous laisse aussi entendre une méditation ontologique plus profonde sur le sens de la vie car bien que le livre soit écrit dans des notes tragiques, nous voyons toujours en filigrane les moments d’ avant où le bonheur était possible. Cela nous permet de trouver une clé de lecture et de conclure que ce que les personnages cherchent en effet à travers la fuite et, respectivement, la colère est un moment de pur bonheur aussi bref soit-il. En refusant de partir, John avoue qu’il a connu le bonheur à côté de Paddy mais cette prise de conscience a lieu trop tard, lorsqu’il a perdu toute possibilité d’être heureux. Son erreur consiste dans le fait qu’il n’a pas cessé de poursuivre le bonheur. Seulement lorsqu’il a perdu pour de vrai l’objet de sa convoitise il s’est rendu compte que le vrai bonheur réside dans le chemin parcouru à la recherche de cet état qui n’est qu’une illusion et se dissipe dès qu’on l’a touché. En même temps, John se rend compte que partir pour Dijon ne serait pas une solution : on ne peut jamais fuir soi-même où que l’on se trouve. Ce n’est pas par hasard qu’il se décide alors de prendre des leçons de guitare. Cet instrument représente le seul point de silence dans la maison où les chats, les perruches, les chiens et même les plantes murmurent perpétuellement, les portes grincent et les meubles sont fracassés. Apprendre la guitare signifie retrouver l’harmonie et se retrouver soi- même. En même temps, la guitare, par la place qu’elle occupe dans le récit, boucle un cercle temporel car elle est présente dans les trois dimensions temporelles. Le passé, le présent et l’avenir fusionnent dans une seule instance qui donne une définition nouvelle du temps : le temps représente une dimension intérieure de l’individu et non pas extérieure, un événement sidérant pouvant figer l’instant. Cela ne correspond pas à la réitération d’une expérience mais à un état d’attente sans terme. Si on met en rapport cette fin avec la conception de Henri Thomas sur le personnage et le récit, nous devrions interpréter ce renoncement à l’action comme un choix qui met en abîme la narration. Le récit se termine aussi subrepticement qu’il avait commencé et cette fin ne correspond point à un

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