AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 135 dénouement. Tout reste en suspension et comprend en germe une infinité de dénouements possibles. La deuxième fin, appelée Un Scrupule , vient confirmer cette conception sur le récit. Elle a le même point de départ que la première et emploie presque les mêmes mots : Ce fut ce petit mensonge sur le nombre des chats dans la baignoire, cette pure et simple exubérance de la conversation, qui déclencha la riposte de John. A coups de talon, il fracassa les deux vitres, perdant presque l’équilibre à chaque coup, et déchirant son pantalon aux cassures de la vitre quand il retirait son pied. Et tout en frappant, il disait : “Les chats ! un seul, menteuse. Allez-vous-en, tous, putains, saloperie, tous, tout de suite. Dans ma maison, faire ça ! Ma maison n’est pas un bordel ! Paddy, Paddy !” John appelle Paddy comme autrefois et une lueur d’espoir apparaît : la communication est de nouveau possible entre les deux car la voix de John est celle d’antan et Paddy aussi essaye d’y répondre. Mais il est trop tard, Paddy meurt et John pris d’une crise de fourreur tape le corps inerte et s’enfuit pour de bon. Partir est ici synonyme d’avoir le courage d’assumer ses propres erreurs et s’affronter soi-même. John essaye de fonder son avenir sur les bribes de bonheur du passé pour se construire une nouvelle existence dans un espace lointain et dans un temps qui obéirait aux ordres de la logique. Cette deuxième fin reprend en grand l’histoire déjà rapportée dans la première partie mais, puisque le point de vue change, la focalisation devenant externe, quelques incongruités sur la chambre de John et de Paddy, la lampe et, de nouveau, la guitare, apparaissent. Ces petits détails qui pourraient passer facilement inaperçus ont un rôle très important parce qu’ils introduisent un doute au sein de la narration : Il pense encore, et Paul Dale également, s’il lui arrive de se reporter à ces souvenirs déplaisants, que la chambre où une petite veilleuse était allumée près d’un lit défait était celle de John Perkins, ils faisaient donc chambre à part, cela expliquerait que Paddy Perkins ait pu s’évanouir et même mourir dans la chambre voisine avant que son mari se fût aperçu de rien ; John Perkins avait dû essayer la guitare, la veille, car l’instrument était encore en travers du lit. Un des agents de police a éteint la petite lampe lorsqu’il a quitté la maison emmenant le corps de Paddy. Il ne fait pas de doute que John Perkins reviendra dans sa maison ; en attendant, toutefois, de nouvelles chutes de neige, en quelques nuits, ont complètement effacé ces traces de pas dont il n’est pas prouvé d’ailleurs qu’elles fussent siennes. (JP 162-163) Pour le professeur Godwin, l’absence de John est seulement temporaire et son retour est certain. En introduisant ce détail, Henri Thomas laisse entrevoir que les deux fins, en effet, reviennent au même : John Perkins ne
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