AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 136 peut pas se décoller de l’univers où il a vécu, le temps et l’espace étant deux dimensions uniformes dans la trame du récit. John a besoin de revenir car son départ est une utopie et une occasion ratée ne peut jamais être réparée. L’avenir qu’il rêve est une illusion car lui, il n’est plus le même qu’il y a dix ans et Annette a changé elle aussi. L’avenir ne peut que se replier sur le passé pour boucler un cercle où l’attente se fige. Cette duplicité de la fin ne nous permet pas de projeter John dans l’avenir et la notion même de futur est mise en question. Tout comme le passé et le présent, l’avenir perd ses marques temporelles (même au niveau de la conjugaison verbale), ce qui nous permet de le considérer atemporel. L’auteur explique la double fin du récit par la nature duelle qui existe en chacun et qui vacille entre la raison et la violence. La décision de la chute n’appartient ni au personnage ni à l’auteur du livre. Pour Henri Thomas comme pour toute une génération d’écrivains, l’auteur est mort et, avec lui, le personnage l’est aussi. Mais le choix n’est attribué au lecteur non plus et il ne faut pas confondre la réalité où un chemin choisi exclut tous les autres chemins possibles et la fiction : Entre la violence offensive et la fuite John ne peut vaciller longtemps, mais ni lui, ni l’auteur n’ont su, à cet instant précis, dans quelle direction il serait jeté. Cette ambiguïté est commune à la vie et au roman, du moins à certains romans que pour cela nous disons vivants. Dans la vie réelle cependant, il n’y a jamais, et tout de suite, qu’une solution, supprimant tous les possibles. Cet interdit est maintenu dans le roman, ou plutôt mimé, par la fiction d’un temps irréversible, - convention à proprement parler épique. Je m’en suis écarté, à la faveur d’un moment critique, et j’ai repris un possible à sa source. (JP 141-142) Si la première variante appartient à un narrateur inconnu et on pourrait la juger quasiment impartiale excepté les quelques monologues intérieurs de John, le narrateur d’Un Scrupule est le professeur Godwin – un voisin de John – qui se voit attribuer le rôle d’un témoin à la scène finale. Ce professeur Godwin pourrait être très bien Henri Thomas lui-même car les ressemblances qui existent entre les deux sont rapidement repérables : ils sont tous les deux écrivains et s’intéressent aux typologies humaines, ils ont vécu tous les deux dans la banlieue de Boston et, comme l’auteur l’affirmera dans son journal, ce récit a été inspiré par un voisin. La prière d’insérer publiée sur la dernière couverture du livre vient soutenir cette hypothèse : Ainsi s’annonçait John Perkins, tard dans la nuit. Une petite halte en passant, le temps de dire, presque à voix basse, qu’il n’en pouvait plus, qu’il n’avait pas dormi depuis…
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