AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 145 différé des lettres qui lui sont adressées. Au zoo, ensuite, il aime étudier les corps des animaux tendus dans l’attente de reconquérir leur liberté. Cette fascination pour la tension de l’attente se prolonge chez les autres, car le premier lieu de contact avec Paris est également celui auquel Nuit-d’Ambre revient le plus fréquemment. Il éprouve toujours de la fascination pour les gares, « ces vastes halles de l’attente, du mouvement, ces grands bazars des pas perdus » ( NA , 197). Malgré le fait qu’il observe le va-et-vient avec une curiosité distante, ce qui le fascine, chez les malfaiteurs comme chez les autres, c’est qu’ils sont toujours en quête – donc en attente – de quelque chose dans cet endroit régi par le passage du temps : Il ne se lassait pas de les hanter, aimant à dépister parmi la foule la part de colportes, – les voleurs à la tire, les dénicheurs de filles aux aires de payses égarées, les revendeurs à la sauvette de tickets de transport, les pourvoyeurs de drogue, les rabatteurs de gogos pour hôtels sans étoile ou bordels clandestins. […] D’ailleurs ils étaient tous dans la quête, – quête de l’heure, quête de l’autre. Quête de l’instant propice pour monter dans le train, pour retrouver le parent ou l’ami attendu, pour détrousser le passant ou le naïf. Quête animale de l’autre, quête angoissée de l’heure. De l’heure s’égrennant (sic !) seconde par seconde aux cadrans des horloges géantes comme pour mieux souligner l’impitoyable corrosion du temps. ( NA , 197) 2. Espaces personnels : la maison Tout comme les gares qui fascinent Nuit-d’Ambre, l’espace familier et surtout individuel qu’est la maison est à son tour investi d’un pareil potentiel d’attente. Même si la maison en soi ne fait pas l’objet d’un traitement in extenso , « […] tout espace vraiment habité porte l’essence de la notion de maison. » (Bachelard 1957, 24) Cette dernière jouit d’une attention particulière chez Sylvie Germain, car c’est le lieu-source pour tout un chacun engagé sur la voie de la connaissance, que ce soit de soi-même ou des autres : « Toute maison […] se situe en un point central du monde. En son sein naissent des vies, se tissent des histoires, se forment des destins. En son abri se forgent des consciences, se déploient et s’orientent des regards, des gestes, des pensées. » (Germain 1998, 16) Ainsi investie par le temps, elle est un édifice d’attente rendant compte de tout ce développement. Mais la maison n’est pas un lieu de la passivité ; elle fait corps avec les corps qui l’habitent et c’est un « corps en action, et toujours en attente. D’une attente en sourdine, indéfinie, vacante – patience illimitée des pierres. » (Germain 1998, 32) En même temps, elle peut se réduire à des pièces où l’exiguïté met à profit les moments d’attente chez ses habitants. Clos, ces endroits sont des univers miniatures alors en expansion, qu’il s’agisse d’une attente valorisée positivement ou négativement. Il est à remarquer, pourtant, que ces instants où les
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