AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 151 la possibilité de l’infini, hors concepts. » ( Im , 36) Le dialogue entre la finitude et l’infini est un dialogue temporel qui va bientôt mettre face à face Prokop et Dieu, ce dernier faisant l’objet d’une lente découverte et d’une attente constamment renouvelée. L’expérience mystique transforme le lieu qui, isoloir pour le personnage, commence à ressembler de plus en plus à une grotte d’ermite où Prokop fait, patiemment, l’apprentissage d’une « humble sagesse pétrie de folie douce. » ( Im , 47) C’est l’arrêt, la lenteur qui convient à ce lieu où le temps se conjugue au ralenti et le protagoniste finit même par se consacrer à la pure contemplation, en renonçant à sa vieille habitude de lecture. 3. Espèces d’espaces 8 Bien que moins exploité – et ce non seulement pour ce qui est du traitement de l’attente – l’espace apparaît quelquefois, ne serait-ce que de manière passagère. Il convient de souligner pourtant qu’il n’est pas amplement développé, et que sa description ne remplit pas un rôle purement mimésique 9 . En échange, l’espace se constitue en élément actif 10 pour la diégèse et sert souvent à la mise en texte de l’attente par son caractère anticipatoire. C’est l’incipit du premier livre écrit par Sylvie Germain qui en témoigne : le cadre de vie des Péniel est un espace d’attente régi par la lenteur allant jusqu’à l’immobilité et bercé par la douce temporalité de la patience qu’induit l’alternance des saisons. C’est un espace à plat, ce qui crée un effet d’immensité, mais aussi d’harmonie entre le haut et le bas : Ils vivaient au fil presque immobile des canaux, à l’horizontale d’un monde arasé par la griseur du ciel, – et recru de silence. Ils ne connaissaient de la terre que ces berges margées de chemins de halage, bordées d’aulnes, de saules, de bouleaux et de peupliers blancs. La terre, alentour d’eux, s’ouvrait comme une paume formidablement plate tendue contre le ciel dans un geste d’attente d’une infinie patience. Et de même étaient tendus leurs cœurs, sombres et pleins d’endurance. ( LN 11 , 15) 8 Syntagme reprenant le titre du livre de Georges Perec, Espèces d’espaces , Paris : Galilée, coll. « L’Espace critique », 1997. 9 Il s’agirait d’une description « dont la fonction, unique ou principale, est de mettre en place le cadre de l’histoire, l’espace-temps dans lequel les acteurs interagissent. » (Adam ; Petitjean 1992, 33) 10 Détail remarqué aussi par Isabelle Dotan, en citant Jean-Yves Tadié ( Le récit poétique , op. cit.) : « Ainsi, “l’espace [devient] lui-même protagoniste, agent de la fiction.” » (Dotan 2009, 19) 11 Sylvie Germain, Le Livre des Nuits , Paris : Gallimard, coll. « folio », 1985. Dorénavant désigné à l’aide du sigle ( LN ), suivi du numéro de la page.

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