AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 154 d’attente : les habitants se préparent intérieurement pour le surgissement de la mort qu’ils soupçonnent « prête à leur sauter dessus, tapie, sournoise, dans un coin. » ( LN , 278) Cependant, si auparavant Terre-Noire était un espace plutôt passif, un espace en attente, car en danger, vers la fin de Nuit-d’Ambre il connaît une métamorphose d’origine biblique. De retour chez lui après un voyage en train, le protagoniste éponyme arrive sur le quai désert où personne ne l’attend. Cependant, l’espace et le temps reviennent en boucle sur eux- mêmes par ce retour au « bercail » : « On le voit, les lieux se comportent exactement comme les moments du passé, comme les souvenirs. Ils s’en vont ; ils reviennent. » (Poulet 1963, 23) Si l’accueil à la ferme est une réintégration dans l’atemporel familial – on le reçoit comme s’il ne s’était absenté que très peu – la terre le rejette. Elle devient ainsi espace en attente de la rédemption de ce Caïn moderne. Inspiré ouvertement par la Genèse, le texte oblique vers le rejet à cause du crime commis sur Roselyn Petiou, son frère diagonal : La présence de Nuit-d’Ambre cessa cependant bientôt d’être un renfort, car malgré tout le soin et l’effort qu’il portait à son travail le résultat se révéla un désastre. Chaque arpent de terre qu’il avait labouré devint sec et pierreux et pas une seule des graines qu’il avait semées ne germa. Les orties et les ronces se levaient sur ses pas. Et de même avec les bêtes, – toutes celles dont il s’était occupé tombèrent malades et même crevèrent. La malédiction de Caïn à laquelle il avait voulu échapper venait de le frapper à son tour, – les champs refusaient les travaux de ses mains, les chemins rejetaient les traces de ses pas, les animaux dépérissaient. Tout se faisait stérile à son contact, sol et bétail. ( NA , 324-324) Ce lieu reste hostile jusqu’à la transfiguration du personnage à travers son ouverture spirituelle et le rachat par l’amour de son fils. Même si Nuit- d’Ambre ne quitte pas la ferme, il doit apprendre à travailler le bois afin de ne pas rester inoccupé et cela n’est point dépourvu de signification : les arbres, haïs dans son enfance, deviennent le point de retour d’un homme à l’âme déracinée. Ainsi, « la nature a pour fonction essentielle de représenter l’histoire même du guetteur, de décrire son aventure, de signifier son attente. » (Francis 1979, 219) Cependant, prenant conscience, lors d’un instant de grâce, de la rémission possible, bien que longue à venir, de son péché, Nuit-d’Ambre est surpris à la fin du livre en train de remonter le chemin qui mène à la ferme. Déplacement ascendant signalant la réconciliation entre le haut et le bas, il s’agit aussi d’un accueil que lui fait cet espace tendu dans une nouvelle attente, dont l’objet est la réconciliation entre l’homme et Dieu. Si le texte biblique garde son intransigeance 17 , la 17 « Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Si tu cultives le sol, il n te donnera plus son produit : tu serras un
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