AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 12 réel vs. vraisemblance. Dans les sciences de la nature, l’isotope 2 indique les mêmes propriétés chimiques. Mutatis mutandis , dans les terroirs des lettres l’isotope renverrait aux égalités virtuelles établies entre la réalité et la fiction en tant que réalité parallèle, donc vraisemblable. Cette congruence, chronotope et isotope, concerne la comparaison réalité virtuelle vs. réalité immédiate. Nous usons de ces deux notions (c hronotope et isotope ) pour désigner les exigences de cohérences internes du récit qui se font jour dans le roman : la fiction, comme toute représentation, se donne pour vraisemblable, et dans cette mesure, doit intégrer dans son déroulement une échelle d'espace-temps cohérente, sans omettre ses personnages 3 , qui vieillissent dans ce temps fictionnel. Vous allez voir la mise en place de cette isotopie le long des contributions qui forment le présent volume, soit isotopies littéraires, soit linguistiques, soit traductologiques. 2. 1. L’autopoïèse chronotopique La conséquence de l’isotopie chronotopique c’est la capacité de faire appel à un datum antérieur (summum de données), pas seulement référentiel, mais canonique, à savoir représentatif pour la catégorie à laquelle il se rattache. Dans ce cas, l’écrivain renvoie à l’horizon d’attente de son lecteur, vu que le chronotope choisi est vraisemblable par son ancrage dans un univers fictionnel très proche du réel. Notre point de vue est que, sous cet angle, le chronotope est un système autopoïétique qui engendre son propre modèle de la réalité fictionnelle 4 construite à travers lui. Cela veut dire qu’il y a un chronotope propre à l’écriture onirique, réaliste, romantique, naturaliste, 2 La notion d’ isotope , empruntée à la physique, va de pair avec la notion de chronotope . L’isotope dans les sciences de la nature désigne chacun des différents types de noyaux atomiques d’un même élément, différant par leur nombre de neutrons, mais ayant le même nombre de protons et d’électrons et possédant donc les mêmes propriétés chimiques. 3 Le chronotope synthèse qui gouverne tout texte narratif, se compose des deux couches qui doivent être déchiffrées en deux sens fondamentaux, apparemment opposés, mais en fait complémentaires : le chronotope du récit et le chronotope du personnage (héros ou protagoniste). Autrement dit, le chemin à parcourir du point A au point B et sa durée (le beau mariage entre la géographie et la temporalité des événements à narrer) tient au chronotope du récit, nommé encore exogène. L’intention, les moyens, les résultats tiennent au devenir psychologique du personnage et s’empreignent de la couleur locale, de la société parcourue, de l’époque dont le protagoniste est actant, du mentalème et de l’ethno-style dont le héros est le représentant. Ce serait le chronotope endogène. 4 Une fois le chronotope établi, le sens, l’identité, les circonstances de perception ou d’action des protagonistes suivent une trajectoire implicite et bien déterminée et développe des liaisons d’interdépendance mutuelle. C’est comme une cellule du microcosme narratif qui se construit à partir des codes reçus et dont l’essor est inconcevable autrement. Ignorer ces jonctions (même conventionnelles) c’est escamoter le pacte fictionnel qui fait plonger le lecteur dans l’univers de la vraisemblance.
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