AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 182 pour une lecture relationnelle et nous permet de considérer Terre salée comme l’hypertexte de Sânge amestecat [Sang mêlé], l’hypotexte dont il dérive par transformation simple, dans le sens qu’il raconte la même chose, mais autrement. À la base de la variante finale se trouve une double transformation : il y a d’une part le passage du roumain vers le français et nous touchons par là au domaine de l’auto-traduction et il y a d’autre part une transformation sémantique qui permet à Terre salée d’obtenir son autonomie opérale. Interférence des langues et interférence des textes s’agencent pour gommer la dichotomie primitive de la traduction allographe entre écriture de l’original et texte traduit et confèrent à l’auto- traduction le double statut de « version de l’œuvre et œuvre de l’auteur. » (Oustinoff 2001, 31) Pour ce qui est de notre analyse, nous avançons l’hypothèse qu’Irina Egli, en usant de l’art du bricolage, comme le dirait Genette (1982), a su « faire du neuf avec du vieux » (556) en superposant un texte à un autre comme dans un palimpseste. Et toujours comme dans un palimpseste l’écriture première s’efface au profit de la seconde, ce qui revient à dire que l’hypertexte Terre salée a acquis une signification suffisante pouvant se lire pour lui-même. Mais selon G. Genette la méconnaissance de l’hypertextualité « ampute toujours l’hypertexte d’une dimension réelle » (1982, 555), c’est pourquoi il peut aussi se lire en relation avec son hypotexte Sânge amestecat [Sang mêlé]. Et c’est ce type de « lecture palimpsestueuse » (Genette 1982, 557) que nous voulons proposer pour souligner sa valeur de « texte au second degré » (13). Cette secondarité permet l’emploi de l’adjectif « nouvelle » dans le titre de notre contribution et permet de postuler l’existence d’un comparant et d’un comparé pour mettre en relief les modifications grâce auxquelles Terre salée n’est pas une copie conforme de son correspondant roumain Sânge amestecat [Sang mêlé] malgré leur parenté étroite. En même temps les deux textes sont inséparables l’un de l’autre comme le recto et le verso d’une feuille de papier. Repartie sur deux volets, notre intervention portera dans un premier temps sur les transformations entreprises par l’auteure dans l’espace du roman (ajouts, permutations, enlèvements, etc.) pour souligner par la suite les variations diégétiques et pragmatiques qui renvoient à l’art de l’imitation et de la fugue. commentaire. […] tel que B ne parle nullement de A, mais ne pourrait cependant exister tel quel sans A, dont il résulte au terme d’une opération […] de transformation, et qu’en conséquence il évoque plus ou moins manifestement, sans nécessairement parler de lui et le citer. » (1982, 13)
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