AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 187 mimotexte s’interpose un réseau de mimétismes, c’est-à-dire de traits 4 stylistiques et thématiques aptes à servir indéfiniment. À cet égard nous pouvons dire qu’Irina Egli emprunte les schèmes de Sânge amestecat [Sang mêlé] pour les appliquer à son nouveau texte, Terre salée, mais ils ne restent pas inaltérés par le contact avec un autre univers linguistico- culturel 5 . Ce qui nous préoccupe, c’est cet art de la fugue qui consiste à combiner les particularités diégétiques et pragmatiques du corpus imité pour inventer un texte imitatif, mais cette fois singulier. En partant de la distinction établie par G. Genette entre histoire et diégèse nous nous proposons de rendre manifeste «l’identité sémantique» (Genette cité par Oustinoff 2001, 26) par laquelle Terre salée se définit en tant qu’œuvre littéraire. Nous allons nous occuper dans un premier temps de la transformation diégétique ou transdiégétisation pour nous attarder ensuite sur la transformation pragmatique ou transpragmatisation. La diégèse ne « se rapporte pas à l’histoire » (Genette 1982, 419), mais elle offre le cadre spatio-temporel où se passe l’action du récit, par conséquent la translation de l’action dans une autre diégèse, par exemple une autre époque, un autre lieu ou les deux à la fois, est une transdiégétisation. Entre les deux textes soumis à l’analyse il y a un décalage chronologique significatif : on a une autre dimension temporelle. Si l’hypotexte se donnait pour objet de retracer la chronique d’une famille repartie sur plusieurs centaines d’années, l’hypertexte se focalise sur un fragment de cette chronique, celui qui est le dernier en date et le plus proche du moment présent. D’autre part, l’effacement systématique des détails temporels figurants dans le texte premier a le but d’apparenter l’histoire au mythe et la plonger dans l’atemporel, aux débuts des temps. Dans Sânge amestecat [Sang mêlé] on peut retrouver des indices temporels claires, l’année 1993 pour des séquences de l’histoire d’Alexandru et d’Anda, mais ces indices disparaissent de Terre salée où ils sont remplacés par des indications 4 G. Genette établit une distinction claire entre fait et trait stylistique : le fait « est un événement récurent ou non, dans la chaîne syntagmatique (par exemple, une image) », alors que le trait de style « est une propriété paradigmatique susceptible de caractériser un style (par exemple, être imagé). » (Genette 2004, 204) 5 Deux anecdotes mentionnées par G. Genette dans son livre Diction et fiction (2004, 189) viennent souligner les changements inhérents à toute (auto-)traduction : Devant un certain animal deux individus peuvent s’écrier l’un « Horse ! » et l’autre « Cheval ! », ce qui relève d’une différence linguistique, à savoir l’appartenance à l’espace anglophone et respectivement francophone. Mais il y a aussi les deux espions allemands qui pendant la Seconde Guerre Mondiale arrivent en Angleterre et assoiffés veulent acheter « Two Martinis, please ! » À la question du barman « Dry ? », le moins fort en anglais, répond fatalement : « Nein, zwei ! » ce qui relève d’une différence de signification. Autrement dit, ce qui est valable pour une langue, peut ne plus être valable pour une autre langue, donc des changements de perspective s’imposent obligatoirement.

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