AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 188 génériques et indéterminées : « S ă bem pentru 1993 ! (77)/Buvons à cette nouvelle année (51) » ou encore « Ş i se gândea c ă anul ă sta, 1993, începuse prost (116)/Et elle pensait que cette année avait mal débuté (77) ». En même temps, l’écrivaine essaye de rapprocher le texte aux yeux de son public et ce qui se passait dans les années ‘90 est transposé une décennie après. Par exemple, l’acte de décès de Iuga, daté dans l’hypotexte du 4 décembre 1991, est actualisé dans l’hypertexte et il est daté du 4 décembre 2002. Nous avons affaire à une sorte d’éloignement, mais aussi à une translation temporelle proximisante, censée adapter l’œuvre à un nouveau public. Il ne faut pas oublier non plus que sept ans séparent les deux publications : 1999 vs. 2006, mais aussi deux publics : roumain vs. québécois. Terre salée garde, en grande partie, le cadre géographique et le statut des personnages de Sânge amestecat [Sang mêlé]. La côte de la Mer Noire, où s’étend la région de Dobroudja avec les villes de Constantza et de Mangalia, héberge toujours l’histoire tumultueuse d’Anda et Alexandru, les chagrins de Vera, la nostalgie de Sonia. Ce maintien de la couleur locale transperce principalement des stratégies de transfert des noms des lieux et des personnes. Dans son passage du roumain au français, Irina Egli a fait appel à diverses stratégies traductionnelles qui confèrent une certaine hétérogénéité aux indications géographiques. Elle a su traiter différemment les noms des pays, les noms des villes et les noms des lieux à l’intérieur des villes pour créer un univers apparenté à celui de l’hypotexte, mais en même temps distinct. En partant de la prémisse que « tout texte à traduire renferme une proportion variable d’éléments d’information qui échappent presque complètement à l’analyse du sens » (1993, 124), Jean Delisle réduit la « tâche du traducteur » à leur retranscription dans le texte cible « sans vraiment avoir besoin d’interroger le contexte ou la situation pour en dégager le sens » (124). Or, le nom propre du fait qu’il renvoie « à un référent unique et ce de façon censée être stable » (Ballard 2001, 16), se laisse transférer dans la langue cible par le report ce qui prouve « que l’on n’est pas en situation d’échec face à un intraduisible, mais en situation de traduction face à un élément qui ne peut être traité que de cette façon en raison de sa nature » (16). Par la suite un bon nombre des toponymes de l’hypertexte ont été empruntés tels quels de Sânge amestecat [Sang mêlé] ou ont subi des changements d’orthographe dont il faut mentionner la transcription (notation des sons effectivement prononcés) et la translittération (remplacement d’une lettre ou suite de lettres par une lettre ou suite de lettres correspondante sans prêter attention à leur prononciation).
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