AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 16 angle, l’outil qui sert à l’écrivain à se cacher mieux dans son texte, à être une présence entre parenthèses. Toutes les virtualités de ce spectacle mental (à savoir l’auteur qui « voit » et « entend » le texte dans son ensemble), dont seulement une partie est mise sur le papier, résident dans le chronotope qui établit les connexions de la diégèse vraisemblable. Le chronotope s’affirme dans ce cas comme une double démarche que la narratologie ne peut ignorer : exogène et endogène (voir la note 3). Expliquons : si le chronotope est le constructum culturel de la diégèse c’est qu’il regroupe le temps-espace social et /ou culturel aux agents « objectifs » (fictifs toujours, bien évidemment), influençant l’évolution ou l’involution du personnage. Ces deux pilons aident à la construction du chronotope exogène du récit. La multitude d’identités (le réseau inter-personnages), à savoir le contexte interhumain où le protagoniste est mis par son créateur, aide à la construction du chronotope endogène. Ces deux formulés qui nous appartiennent convergent à la terminologie récente à l’égard du chronotope synthèse formé des chronotopes majeurs et mineurs (Vidar Holm 2011, 116), mais pour ce qui est de nous, nous considérons avec une certaine méfiance les vocables « mineur » et « majeur », susceptibles d’interprétations fort différentes, situées aux extrêmes. Le fait est que le chronotope comporte des débouchés narratologiques (avec tous les avantages qui en découlent) dont les irradiations aident à un regard pressé (la première lecture) de plonger dans des régions scripturales à luminosité diffuse (le niveau de profusion d’un texte). 4.3. L’ouverture sociologique implique la dimension des masses et / ou de la foule en tant que système social décrit par le roman (le plan éloigné ou général) ou en tant que personnage collectif (principal ou secondaire). Il intervient de la sorte en discussion un autre type de chronotope – le chronotope sociologique (Morariu 1993, 116) – que la critique voit comme un point d’interférence entre le temps et l’espace de l’écrivain comme être individuel, mais social (vivant donc dans une certaine époque et certain milieu) et le temps et l’espace sociaux / existentiels (formé des lecteurs) au milieu desquels l’auteur écrit. Bref, c’est le problème de la réception du livre. Ce lecteur implicite ou bien l’archilecteur est une sorte de somme des impressions prévues du groupe de lecteurs socialement différents qui achètent le livre. Les idées de cet énonciateur sont fatalement liées aux connotations sociales et idéologiques imposées par le type de société où il vit. Autrement dit, ce lecteur a un horizon d’attente formé où il essaiera d’enrégimenter ses lectures. Les résonances d’une lecture d’un livre nouveau sont d’autant plus percutantes qu’elles doivent s’adapter à l’horizon d’attente du public. Où bien le dépasser. Le chronotope sociologique englobe aussi bien l’énonciateur collectif que les récepteurs, vus sous l’angle d’êtres sociaux, impossibles d’arracher à leur milieu.
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