AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 208 1. Introduction L’œuvre de l’écrivain brésilien Guimarães Rosa paraît poser d’emblée un double problème, celui des limites de l’écriture, d’une part et de la lisibilité de l’art, d’autre part, et, par là même, celui de sa traduction. Selon Haroldo de Campos, l’œuvre de Rosa s’imposerait comme un paradigme de l’intraduisibilité et, par raisonnement inverse, l’impossibilité de traduction ouvrirait l’horizon d’une recréation poétique, c’est-à-dire, d’une nouvelle information esthétique dans une autre langue (Campos 1969). En effet, l’intense correspondance entre Rosa et ses traducteurs atteste à la fois la reconnaissance de la part de l’auteur de l’immense travail que représente la traduction de son œuvre et le désir de faire partie du processus traductologique en se mettant à la disposition du traducteur pour contribuer à l’élucidation du sens 1 . Ainsi s’adresse-t-il en ces termes à Bizarri, le traducteur italien de Corpo de Baile : Rio, 11 de outubro de 1963 Meu caro Bizarri, [...] vejo que coisa terrível deve ser traduzir o livro! Tanto sertão, tanta diabrura, tanto engurgitamento (....). O que deve aumentar a dor-de-cabeça do tradutor, é que: o concreto, é exótico e mal conhecido; e, o resto, que devia ser brando e compensador, são vaguezas intencionais [...]. Deus te defenda. (Rosa 2003, 37-38). 2 Après avoir constaté l’immensité de cette tâche, « Dieu te garde ! », Rosa propose un travail de collaboration qui est « plus qu’une simple traduction » (38) où Bizarri et lui-même seraient associés : « V. Não é apenas um tradutor, somos ‘sócios’, isto sim, e a invenção e criação devem 1 Walnice Nogueira Galvão affirme que : « homme [Rosa] qui apparaît dans la correspondance avec les traducteurs est un écrivain pompeux, “officiel, flatteur par principe”. Les éloges répétés qu’il adresse à ses traducteurs atteignent un sommet quand il écrit : “[…] j’en vins à être bouleversé par bien des pages. Et je peux déjà vous affirmer que je préfère de loin le texte allemand à mon original. » (Lettre adressée à Curt Meyer-Clason , le 17 août 1966) (Nogueira Galvão, « Corps, lettres et listes: Guimarães Rosa à ses traducteurs », Revue Silene , Université de Paris-Ouest, Nanterre. Disponible sur : http://www.revue-silene.com/images/30/extrait_86.pdf , consulté le 20 juin 2009, traduit par Michel Riaudel). 2 Rio, le 11 octobre 1963. « Mon cher Bizarri, [...] je vois à quel point ce doit être terrible de traduire le livre ! Tant de sertão , tant de diablerie, tant d’engorgement […]. Ce qui doit accentuer les maux de tête du traducteur, c’est que : le concret, est exotique et mal connu ; et, le reste, qui devait être commode et compensateur, n’est que flou intentionnel [...]. Dieu te garde. » (Dans ce texte, toutes les traductions du français en portugais, et inversement, ont été réalisées par Jean-Claude Miroir).

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