AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 211 étant des travaux peu créatifs ou loin de s’harmoniser à l’efficacité esthétique du texte rosien, comme l’affirme Marie-Hélène Torres : Les traductions françaises de Grande Sertão: Veredas ne sont pas ce que Haroldo de Campos appellerait des traductions “transcréatives”. L’audace créative des traducteurs est freinée par les limites imposées par la langue française et, c’est ce que nous analysons dans des textes “extrêmes” et que nous nommons “traductions-baromètres”. (Torres 2004, 264) L’auto-commentaire d’Inès Oseki-Dépré (1999) de sa propre traduction française de Premières Histoires , de Guimarães Rosa, révèle l’importance de traduire une œuvre littéraire de cette envergure. Le texte de Rosa est, selon Oseki-Dépré, impossible à traduire et indispensable de le faire. Il met en échec et séduit. Pour le lecteur français, l’origine de la perturbation de la lecture n’est pas la représentation d’une réalité exotique, mais les procédés d’écriture qui sont en même temps puissants et innovateurs. Ces nouveaux procédés d’écriture remettent en question les concepts que nous avons de ce qu’est la littérature. Traduire, dans ce cas, représente pour Oseki-Dépré aller au-delà de la connaissance de deux langues et aller au-delà de la connaissance de la vision du monde de ces deux langues. Il s’agit, donc, de la transposition d’un produit littéraire complexe, avec ses particularités, du travail avec la langue et avec la création littéraire. Le procédé de traduction ne se rapporte non seulement à des stratégies individuelles du traducteur, mais aussi à la dynamique de la conception de traduction vue par un système culturel (Lambert 2009). Si, au Brésil, la tendance a presque toujours été normative en ce qui concerne la traduction de textes littéraires (Milton 2002), en France, il se produit la tendance inverse – la domestication ou la naturalisation des textes traduits est relativement fréquente. Le paratexte 8 de l’œuvre traduite peut être un important champ d’analyse du mode de réception de celle-ci dans la culture d’arrivée ; il informe le lecteur de ce qui gravite autour de la production et de l’édition de l’œuvre originale et de sa traduction. L’analyse du paratexte est une des étapes proposées par Lambert et van Gorp (1985) pour comprendre le phénomène de la traduction et de sa relation avec le système littéraire de la culture réceptrice, mais aussi de la micro et la macrostructure textuelles et de l’analyse des relations de l’œuvre avec les systèmes littéraires des cultures de départ et d’arrivée. Les couvertures, les préfaces, les postfaces prestigieuses (en plus des notes d’éditeur et de traducteur, des glossaires, des annexes diverses) confèrent une importance à l’œuvre et l’authentifient. De plus, elles fournissent au lecteur de précieuses informations concernant la destinée de l’œuvre et de l’auteur, avant la traduction. 8 Cf. Genette, Gérard, Seuils , Paris : Seuil, 1987.
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