AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 212 Selon Bassnett, « l’étude des préfaces des traducteurs nous enseigne beaucoup, non seulement sur les critères adoptés par le traducteur individuel, mais aussi sur ce que ces critères reflètent de la conception de la traduction partagée par la communauté en général. » (Bassnett 2003, XVIII) L’œuvre, qui va être présentée dans un nouveau contexte culturel, dans lequel parfois elle est encore méconnue ou peu connue, a souvent besoin d’être entourée d’autres voix, qui, étant déjà légitimées dans ce système littéraire (par des critiques littéraires, des auteurs, etc.), confèrent à l’œuvre traduite une nouvelle signature, désormais symbolique. Bien que le roman ait été publié en France de manière isolée – sans tenir compte du contexte du volume Estas estórias – on constate, grâce à la couverture, que la traduction Mon oncle le Jaguar a été éditée avec assez de soin. Elle a été publiée dans une collection de prestige, intitulée Les grandes traductions , de la maison d’édition Albin Michel, signalée sur la couverture, ainsi que la mention « traduit par Jacques Thiériot ». L’inclusion du nom du traducteur sur la couverture du livre n’est pas due au hasard, dans la mesure où il s’agit d’un célèbre traducteur, spécialiste de littérature brésilienne en France, qui figure dans l’étude de Marie-Hélène Torres concernant la traduction et de la réception d’œuvres brésiliennes en France – Variations sur l’étranger dans les lettres: 100 ans de traductions françaises (2004). 2.1. La couverture, préface et glossaire La couverture est illustrée par un tableau du peintre Henri Rousseau, « Forêt vierge au soleil couchant », de 1907, et renvoie aux illustrations des collections jeunesse, rappelle l’exotisme et le pittoresque. L’homme noir et le jaguar, quant à eux, renvoient le lecteur français à l’Amérique du Sud ou à l’Afrique. La mention à la forêt vierge délimite l’espace du sauvage, du méconnu, de l’aventure. Le pittoresque évoqué par la couverture, associé à la thématique du conte, et à littérature brésilienne délimitent la réception de cette œuvre littéraire comme faisant partie d’un univers autre, distant et barbare. Dans la préface, Thiériot reprend les études, déjà mentionnées, de Galvão et Campos, premiers chercheurs à s’intéresser à ce conte de Rosa. Il s’interroge sur le genre de l’œuvre et essaie de le définir en ces termes : Nous sommes donc confrontés à un texte hybride, métissé, sauvage, barbare où s’entremêlent interjections, onomatopées et harmonies imitatives (dans un système non conventionnel) ; mots portugais (souvent déformés) et mots tupis (caractérisés par une forte nasalité) – dont l’auteur

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