AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 213 donne souvent une traduction consécutive ; cris d’animaux divers, du jaguar en particulier. Un texte marqué par ailleurs par les effets réitératifs (dédoublement des mots, répétitions, pléonasme, battologie) à la fois propres à la langue tupi et à un parler rural. (Thiériot 1998, 9) Le traducteur français constate la difficulté de la traduction et rend compte de la composition du langage. Cependant, dans le travail de traduction, Thiériot renforce le parler rural, au détriment de la création langagière proposée par Rosa, ce qui confère au texte traduit une touche de vulgarité qui n’était pas présente dans le texte original. Il place également le texte sous le signe de la barbarie et de la magie : « La traduction de ce texte impliquait, au-delà de l’expression en français de ces disparités barbares, de faire sourdre progressivement le processus langagier de la métamorphose (métempsycose?) de l’homme en jaguar, en reconstituant les mécanismes oraux de celle-ci. » (Thiériot 1998, 9) Le glossaire a ici le même objectif que celui présent dans la correspondance de l’auteur brésilien, élucider le sens de certains termes, afin de créer une situation de lecture plus familière pour le lecteur étranger et établir, dans le processus de lecture de ce dernier, une plus grande solidarité avec le texte traduit. Il est composé de vingt-cinq termes marqués par un astérisque dans le texte d’arrivée. Il s’agit pour la majorité d’entre eux de termes d’origine tupi, ou de régionalismes brésiliens, qui sont repris sans traduction. Certaines entrées du glossaire font référence à des textes de spécialistes brésiliens de l’œuvre de Guimarães Rosa, ou se réfèrent à sa correspondance, comme dans le cas de « vereda 9 », et de « macouncozo » ( macuncôzo ), où il cite la correspondance de Rosa avec Edoardo Bizarri et, dans ce dernier cas, avec Haroldo de Campos 10 . 3. Mon oncle le jaguar : le langage de l’homme-jaguar en français Comment le paradigme rosien traduzadapter est-il travaillé par Thiériot ? Grâce à la préface, nous connaissons sa manière de voir le texte et son 9 Vereda : dans une lettre, datée du 11 octobre 1963, à son traducteur italien Edoardo Bizzarri, João Guimarães Rosa décrit les „veredas“ : « Entre les plateaux du geraïs, les séparant (où parfois, tout en haut, formant des dépressions au milieu), il y a les veredas. Ce sont des vallées de terre argileuse ou de tourbe argileuse où affleure l’eau absorbée. Dans les veredas, il y a toujours le bouriti. De loin, on aperçoit les bouritis et l’on sait : là on trouve de l’eau. » ( Mon oncle le Jaguar 113) 10 « [...] le macouncôzo est une note africaine, glanée là, à la fin. Une contre-note. Telle une tentative d'identification (consciente, par une ingénue, une primitive astuce ? Inconsciente, par le comble d'un sentiment de remords ?) avec les Noirs assassinés ; feignant d’être Indien (once) ou luttant pour être une once (Indien), dans une contradiction frôlant à peine son désordre final, le neveu-du-jaguar n’émet que cet appel noir, “négrifique”, “pseudonégrifiquant”, libéré et seul, perdu dans le courant du râle de ses dernières exclamations. » (Campos 1970, 75)
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