AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 214 langage, placés sous le double signe du barbare et du métis. Mais comment le traducteur explique-t-il son approche de la traduction ? Comment adapte-t-il le lexique tupi ? Pour créer ce discours composite, mélange d’archaïsme, de vocabulaire tupi, de brésilianismes , le traducteur français a recours à une langue de base – par cela j’entends la base linguistique sur laquelle sont faites les variations en français – exprimée par le mode traditionnel du parler paysan, selon lui « un parler rural », que l’on trouve un peu partout, de la littérature à la bande dessinée. Il s’agit d’un langage caricaturé formé par un argot urbain avec un pseudo-langage rural. Ce « parler rural » est composé de : ellipse de voyelles, fracture syntaxique, vocabulaire familier ou populaire, voire grossier, comme dans l’exemple suivant : ― “Que é que tu tà fazendo por aqui onceiro senvergonha?” ― “Tou espiando o rabo da chuva... ” – que eu falei. ― “Pois, por que tu não vai espiar tua mãe, desgraçado!?” [...] Ô homem aquele pra ter raiva. ( Meu tio o Iauaretê, Estas Estórias , 229) − “Qu’est-ce que tu fous ici, chasseur de mes deux?” − “Je reluque le cul de la pluie…” […] − “Et pourquoi que tu vas pas reluquer çui de ta mère, miteux?” [...] Foutu bon-homme, piquer une rage pareille. ( Mon oncle le Jaguar, 23) Nous pouvons observer l’emploi des verbes foutre, reluquer, dont l’aspect péjoratif est inexistant dans le texte de départ dans la réplique : « − Que é que tu tà fazendo por aqui onceiro senvergonha? » « − Tou espiando o rabo da chuva... ». Le verbe espiar en portugais, selon le dictionnaire Houaiss, signifie « observer secrètement », mais n’est jamais péjoratif, comme l’emploi de reluquer , par exemple dans l’expression assez vulgaire en français, « je reluque le cul de la pluie ». En fait, dans le texte de départ, le vocable portugais « rabo » évoque, simplement, une image d’animalisation de la pluie. Nous trouvons également dans le texte, les mots ou expressions assez vulgaires ou pour le moins familières, telles que, prises au hasard : « se barrer », « bouffer », « saloperie », « gale », « canasson », « cheval bancal », « mioche », « bicoque », « salopé », « cul-terreux », « miteux », « j’ai piqué une crise », « Saint-frusquin », « fourbis », parmi tant d’autres. Ce paysan français est ici évoqué à partir d’une réalité linguistique française qui peut être réelle ou simulée, renvoyant dans ce cas au mode par lequel le français de la ville interprète et identifie le parler rural français. Mais le neveu du jaguar, le personnage-narrateur, tel qu’il est présenté, existe-t-il effectivement ?
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