AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 218 enxergou este foguinho meu, de longe ? É. A’ pois. Mecê entra, cê pode ficar aqui. ( Meu tio o Iauaretê , 191) rien. Beuh. .. Pour Sûr... Hum, hum. Z’avez vu mon p’tit feu, de loin ? Ouais. Ah bon ! Entrez, vous pouvez vous mettre ici. ( Mon oncle le jaguar , 13) 4. Le macoucozo : langage et magie Le langage en français doit aussi être représentation, création, art, expérimentation. Il doit éviter les sentiers battus. Mais en dehors de ce risque, que lui reste-t-il ? Le vide, qui peut être gribouillé, brouillonné, créé, habité par l’homme-jaguar, peut-être le dernier de son espèce à hanter ces parages, tué par son interlocuteur blanc : c’est là que s’achève la parole de l’homme-jaguar ? Le traducteur fait alors, son propre récit, à l’envers, de la fin vers le début, à rebours du récit et de la mort du jaguar. Ce tranchant est aiguisé : l’enjeu du « je traducteur » de sortir de soi et d’aller vers l’Autre, comme le propose Berman, dans l’Epreuve de l’étranger (1984). La préface du traducteur nous met d’emblée en face de mots comme « barbare », « sauvage », « métisse » – des mots qui placent l’Autre dans un monde non-européen occidental. Il y revendique aussi la magie, la métempsycose . Mais qu’y a-t-il derrière la magie dans Mon oncle le jaguar ? Selon H. Bastos (2008), ce qu’il y a de caché sous le récit du neveu du jaguar, c’est la condition coloniale brésilienne. En effet, ce récit raconte comment un caboclo , métis d’Indien et de Blanc, se voit arraché de son milieu culturel et obligé à chasser le jaguar, à exterminer ce fauve qui est considéré par la culture indigène dont il fait partie, bien que de manière contradictoire et tendue, comme un parent 14 . D’une part, il semble qu’il y ait dans l’ouvrage français, en contradiction avec ce point de vue, une valorisation excessive de l’aspect du mythe, de la magie, de la métamorphose et qui va jusqu’à l’évocation de la métempsycose (réincarnation de l’esprit dans un corps humain, animal ou végétal). D’autre part, il y a également, malgré des passages fort réussis, une certaine vulgarisation du langage du personnage-narrateur ; ce qui n’existe pas du tout dans le texte de Rosa. Cette sorte d’appel à l’exotisme et au pittoresque peut entraîner une certaine a-historicisation du récit. Pour Bastos, la magie a aussi sa part de déterminisme ; selon lui « il s’agit d’une manière d’éprouver le monde tout aussi, voire plus déterministe que la pensée logico-rationnelle ». Dans cette perspective, selon Bastos, Meu tio o Iauaretê « est le récit de l’indisponibilité ou de l’empêchement de la 14 À ce sujet je vous renvoie à Walnice Nogueira Galvão, « O impossível retorno » (1978).

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=