AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 219 magie. Déplacé de son monde magique, le caboclo du conte vit la magie comme un déterminisme à l’envers. » (Bastos 2008) Ici le caboclo parle, mais n’écrit pas. La parole accorde de la vraisemblance au récit, occasion pour l’auteur de représenter l’impossible parole d’un caboclo des geraïs . Pour l’exercice de la parole, il faut un auditeur. Nous sommes ici dans la sphère, le domaine de l’oralité – l’écriture du récit oral est un artifice de représentation de cette oralité, avec ses grognements, ses gestes verbaux, ses manigances de caboclo astucieux et de chasseur d’onces traduits en signes graphiques et sonores, qui imprègnent le texte avec leur rythme, leur musicalité – rythme du chant du jaguar dans la nuit du sertão , Maria-Maria et son miaulement en continu, récit arrêté par un coup de feu. À propos du signe et de sa traduction, nous pouvons emprunter l’axiome d’Antoine Berman : « Nous partons de l’axiome suivant : la traduction est traduction-de-la-lettre, du texte en tant qu’il est lettre. » (Berman 1999, 25) Berman affirme dans L’épreuve de l’étranger (1984) que la visée de la traduction serait d’ouvrir au niveau de l’écriture une certaine relation avec l’Autre, féconder le propre par la médiation de l’étranger. Cette visée, qui est réductrice, se heurte de plein fouet contre la structure éthnocentrique de toute culture. Inversement, selon lui, l’essence de la traduction est d’être ouverture, dialogue, métissage, décentralisation. Elle est relation ou elle n’est rien. (Berman 1984, 17) C’est à partir de cette idée que Berman met en rapport le travail du traducteur et la situation analytique. Pour lui, il faut avoir une « analytique de la traduction », qui, comme tout travail, devrait être plurielle. Dès lors, il serait désormais possible d’instituer une critique des traductions, qui serait complémentaire et parallèle à la critique des textes, puisqu’elle ferait partie de la nature de la traduction qui est d’affronter et de révéler la « systématicité » propre à chaque texte. S’appuyant sur la conception de la traduction de Ezra Pound, Berman remarque que la traduction est une forme particulière de critique, puisqu’elle donne à voir les structures cachées d’un texte. La « systématicité » dont parle l’auteur est la matière du texte, sa construction. Ce système-de-l’œuvre est ce qui, à la fois, offre le plus de résistance à la traduction et ce qui l’autorise et lui accorde du sens. (Berman 1984, 17) Meu tio o Iauaretê propose un paradigme de l’écriture donc de la traduction du monde. Ce paradigme résulte du fait que l’auteur pousse les limites de la traductibilité du monde à l’extrême, se plaçant aux antipodes de la représentation du signe, de la parole. Il y a ici une lutte, une tension entre la capacité et le pouvoir de représentation écrite d’une expérience unique « d’être-au-monde » – le métisse d’Indien se retrouve en face de son Autre de classe, appelé par lui de « nhor », « mecê » (en français « maître »,

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=