AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPHES FRANCOPHONES 2011 231 Avec la négation, la construction française exprime une occurrence zéro de l’action, et non la multiplicité, comme en roumain, étant synonyme de « jamais ». Theissen (2011) précise même qu’« il semble que pas une fois l’emporte nettement sur null e / aucune fois ». Nous devons faire une remarque qui nous semble importante à propos du terme roumain utilisé. La forme o oar ă , vieillie, est attestée par DLR 1969 dans les locutions adverbiales : întru acea oar ă , din aceea oar ă / depuis lors, à partir de ce moment-là ; ast ă oar ă / cette fois-ci, maintenant (emplois impossibles aujourd’hui) : (7) Alt ă oar ă … or ăş eanii… trecur ă pîr ă ul. / Une autre fois …, les habitants de la ville… ont traversé la rivière. (Dosoftei, apud DLR 1969) (8) De oar ă trecut ă , când te-ai înf ăţ i ş at m ă riei sale.../ Depuis la fois passée , quand vous vous êtes présenté devant sa majesté... (Sadoveanu, apud DLR 1969) La forme oar ă est encore usuelle dans le dialecte macédo-roumain 7 , ce dont témoigne le lexème unâ oarâ 8 et d’autres constructions similaires enregistrées par le Dic ţ ionar aromân (1997) publié par Matilda Caragiu Mario ţ eanu, à qui nous empruntons les exemples suivants : (9) Ţ â dâ ş u unâ oarâ , ţ â dâ ş u di doauâ ori, agiundi! ( ţ i-am zis o dat ă , ţ i-am zis de dou ă ori, ajunge ! ) / Je te l’ai dit une fois , je te l’ai dit deux fois, ça suffit ! ( apud Caragiu Mario ţ eanu, p. 349) (10) Îlu vedu -ntâ ń ea / prota oarâ ( îl v ă d întâia oar ă )/ Je le vois pour la première fois . ( apud Caragiu Mario ţ eanu, p. 349) D’autres syntagmes, comme aestâ oarâ ou di oara aestâ (« cette fois ), enregistrés par le dictionnaire cité, viennent renforcer l’idée que cette forme est encore usuelle. Cela nous montre qu’en roumain la forme initiale, héritée du latin, était oar ă , disparue, sortie d’usage probablement pour des raisons phonétiques (la difficulté de prononcer en hiatus le groupe voyelle o + diphtongue ua , vu la parenté très proche entre la voyelle o et la semivoyelle ua ) et pour des raisons stylistiques : la règle de cacophonie. On pourrait avancer aussi l’hypothèse d’un conflit homonimique avec le nom oar ă (provenant du latin ovaria ) signifiant ‘volaille’, ayant le pluriel oare, nom qui s’est maintenu dans la langue comme régionalisme (Cf. DEX on line). Dat ă doit représenter un néologisme. 7 Je remercie chaleureusement M. Vasile Ţ âra, docteur, professeur des universités, pour m’avoir signalé cette réalité et pour ses autres suggestions à ce sujet. 8 Le dictionnaire en ligne Dictionar-Aroman-Roman mentionne les correspondances unâ- oarâ = odat ă , tandis que, dans le Dictionar-Roman-Aroman on retrouve les formes oarâ, unâ pour dat ă , o et datâ-unâ pour dat ă -o. Dans le Dictionnaire étymologique macédoroumain (1925, 135) de Giorge Pascu, on retrouve la forme un ă oar ă .
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