AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 245 l’espace, puisque bon nombre de mouvements connaissent leurs prémices et précurseurs à un moment où on n’avait pas encore conscience du changement en marche. De plus, certaines idées, jugées novatrices a posteriori n’étaient parfois pas du tout reconnues à l’époque où elles ont été émises, car les mentalités n’étaient pas encore prêtes pour cela. Ce recentrage sur les origines va aussi permettre le développement de la psychanalyse, qui va s’intéresser à la recherche du Moi profond, en remontant souvent à l’enfance, en vue d’obtenir une « guérison » du corps par celle de l’âme. Certaines sciences millénaires (en Chine notamment) préconisent ce retour en arrière pour recréer la situation de Chaos nécessaire à la manifestation de la vie, afin de parvenir à la délivrance des esprits retenus et qui ne peuvent accéder à la paix. On note donc une différence avec les cultures primitives, mais également une continuité des comportements humains, avec ce besoin de revenir en arrière pour parvenir à la Vérité et récupérer le passé et la Mémoire. Il est intéressant d’observer que Mircea Eliade procède d’une manière similaire par une remémoration de la chose dite et le recours à un certain nombre d’exemples et de citations, ou bien de mots clefs, qui témoignent de sa volonté d’être précis et de convaincre. L’Inde insiste sur la mémoire des existences antérieures, qui aide à maintenir l’harmonie entre les énergies vitales. La création est, par ailleurs, parsemée de certaines inadvertances des messagers des divinités ou de difficultés qui, par leur présence, entraînent des changements dans les plans de Dieu (cf., à ce niveau, Tache Papahagi, Petit dictionnaire folklorique , « Albina », « Ariciul », « P ă ianjenul », « Muntele »). Mircea Eliade indique que le créateur du Monde et de l’Homme s’est progressivement retiré au Ciel et s’est désintéressé des hommes, en laissant la place à d’autres divinités « inférieures », plus ou moins favorables à ceux- ci. Néanmoins, on retrouve des traces de leur existence cachée dans les mythes. Ce « remplacement » s’est parfois effectué par la force (Mircea Eliade parle « d’assassinat ») et cette mort violente est réactualisée par les « sacrifices rituels » présents dans bon nombre de cultures anciennes, humains puis animaux (voir le sacrifice du fils d’Abraham remplacé au dernier moment par un agneau). À noter que ces violences sont « censées » permettre à la divinité « sacrifiée » d’endosser les péchés de ceux qui lui vouent un culte et lui érigent des temples. On remarquera aussi que de nombreuses cultures (euro-asiatiques, notamment) célèbrent – par l’animisme et ses formes dérivées – le lien des hommes avec la végétation, de manière à cultiver cette harmonie avec les éléments naturels primitifs. Cette recherche des sources du réel va de pair avec un retour en arrière par la pensée ou réminiscence, qui sera aussi l’amorce de la philosophie, par la réflexion qu’elle engendre. Elle conduira aussi à une désacralisation des mythes et à un dépassement de ceux-ci par

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