AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 273 appeler la logique des choix métriques. Ainsi notre Istoire d’Ogier le redouté a-t-elle cent fois cité , cités ou citez , mais seulement cinq fois cit . Si on suppose que l’auteur de la Chanson de Roland a écrit seize fois citet ou citez 2 et une fois cit on a un pourcentage à peu près équivalent. Et il n’y a rien d’exceptionnel dans le fait que les scribes ignorent leur Vorlage quand un auteur a, pour des raisons métriques, choisi une forme peu fréquente. Le scribe du manuscrit unique de notre Istoire écrit cit seulement une fois 3 , sans doute parce que le mot se trouve à l’assonance. Les quatre autres fois il écrit cité 4 , créant ainsi des vers hypermétriques. – Quant à Karlamagnús saga ok kappu hans , il est vrai que ce texte a « En Karlamagnús konungr var þá kominn til borgar þeirrar er Valterne heitir, þar kom Guinelun jarl á fund hans þessu sinni. » 5 Il n’est pas douteux que ce passage de la saga correspond au passage qui nous intéresse dans le Roland . Mais il est faux que le nom qui nous intéresse « ne se trouve que » dans cette version norroise. Le manuscit de Venise 4 a « Vegnu est a la cité Valente » (v. 594) ; le manuscrit de Venise 7 a « T ot droit a ualt~ne sepri ſ t a repa~rier » (v. 1003 6 ) ; le manuscrit de Châteauroux a « Droit a Valterne se prist a repairier » (v. 976). Les manuscrits de Venise 7 et de Châteauroux sont trop éloignés du manuscrit d’Oxford pour être d’une valeur décisive, mais il n’est pas sans intérêt que ces deux manuscrits (et la version norroise) ont un nom qui ressemble à celui que donne le manuscrit de Venise 4, manuscrit dont la version de ce vers devient parfaite pour peu qu’on répare l’oubli du en et utilise la forme du nom qu’ont la saga et les manuscrits de Venise 7 et de Châteauroux. Pourquoi pas accepter cette version ? La thèse que « la préposition ne saurait être omise » ne se justifie que si on rejette la leçon du manuscrit de Venise 4 sur ce point comme une faute de scribe. Mais est-ce nécessaire ? – Nous ne saurions donner une réponse définitive à cette question, mais nous n’avons pu trouver d’exception, ni dans la Chanson de Roland 7 ni ailleurs. Il vaut donc peut-être mieux préférer la cit de Valterne à la citet Valterne . Mais il y a sans doute d’autres possibilités ; dans la Prise de Cordres et de Sebille il est question de « l’onor 2 Nous avons consulté le Glossaire de Foulet contenu dans les Commentaires de Bédier. 3 B.n.F., f. fr. 1583, f o 10d (ce sera le vers 1271 de notre édition). 4 B.n.F., f. fr. 1583, f o 152c (ce sera le vers 16 615 de notre édition), f o 152d (ce sera le vers 16 621), f o 217c (deux fois, ce seront les vers 27 845 et 27 871). 5 Branche VIII, ch. 14 (éd. Unger 499 = éd. Bjarni 799) – « Le roi Charlemagne était alors parvenu à la cité qui se nomme Valterne. C’est là que le comte Ganelon vint le trouver cette fois. » (trad. 774) 6 De l’éd. Duggan, qui corrige et suit le ms. de Châteauroux. Nous suivons l’éd. photographique de 1942. 7 Heinrich Morf, dans son article sur l’ordre des mots dans le Roland , observe qu’« un nom commun qui désigne un lieu géographique n’est jamais suivi par un toponyme ayant la fonction d’apposition, il est toujours ou bien suivi par un syntagme prépositionnel contenant le toponyme : 199. la tere de Pine […], ou bien il suit lui-même le toponyme comme apposition : 50. en France la lur tere . […] 71. a Cordres la citet . […] » (262n2, notre traduction)
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