AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 280 « éminences de la selle » 32 . Or c’est le heaume que Jean d’Auvergne vient de frapper. De ce point de vue sémantique aussi, il faut préférer les manuscrits qui ont la phrase fort conventionnelle et les flors et les peires 33 . Le vers 625 représente un problème plus intéressant. On peut commencer par le constat que par ses armes est une locution très conventionnelle, on a en effet très souvent par + article possessif + armes dans les chansons de geste 34 . Il est donc plausible que par vos armes soit le résultat de la routine d’un scribe ; on peut imaginer des solutions comme Se tés vasal avés mort en la presse , Se tés vasal avés mort par poëste ou Se tés vassal as mort par t’alumelle . Ces possibilités sont suggérées par la lecture des autres laisses de la chanson qui ont une assonance féminine en e ouvert 35 . Cela ne veut cependant pas dire qu’on sort de l’arbitraire : les manuscrits sont d’accord. – Les deux autres vers de cette chanson de geste évoqués par Bédier se trouvent au début de la laisse XLII. C’est une laisse avec assonance féminine en e ouvert, Mais on lit aussi : « Rois Desramés en a prises ses armes, Et Auciber s’arma desoz un arbre » (v. 1571 et v. 1573 36 ). Quant au vers 1571, on peut commencer par noter qu’un groupe de manuscrits a un texte différent : s’arma ne s’i arreste . Cela pourrait fort bien être le texte original. Le nombre de manuscrits qui ont en a prises ses armes et la relation entre ces manuscrits donnent cependant beaucoup de poids à cette version. Mais on peut noter que la locution prises ses/lor/les armes est fort 32 Selon le glossaire de l’éd. McMillan. Cf. Tobler, Lommatzsch et alii , Wörterbuch I, 695. 33 Peires , c.-à-d. pieres ne donne sans doute pas une assonance tout à fait pure non plus. C’était peut-être une assonance acceptable dans la langue de l’auteur. Précisons qu’il s’agit ici d’un autre problème que la question fort importante de la possibilité d’assonancer ié (< e ouvert tonique libre ou < a tonique libre précédé de palatale) avec é (< a tonique libre non précédé de palatale). On peut faire la comparaison avec un passage d’ Elie de Saint Gille : Le main mist a l’espee, fors del feure l’a traite, Et ua ferir Elie par de desor son elme, Qu’il en a abatu et les flors et les pieres (vv. 2271-73 des deux éditions). Raynaud corrige pieres en perles en se référant à un autre passage de la chanson : « Il hurte le destrier, se li lasque le resne, Vait ferir le paien desor son elme a perles Qu’il en a abatu et les flors et le cercle » (vv. 399-401 des deux éditions). 34 Voici quelques exemples : le Charroi de Nîmes , v. 67 ; Raoul de Cambrai , éd. Kay, v. 507 = éd. Meyer et Longnon, v. 682 ; Adenet le Roi, les Enfances Ogier , v. 3860 ; Renaut de Montauban , v. 9360 (ms. Douce 121 de la Bibliothèque bodléienne à Oxford, éd. Thomas ; le vers correspondant du ms. 24 387 du f. fr. de la B.n.F. est le vers 10 105 de l’éd. Castets ; le vers 18 de la page 266 de l’éd. Michelant a autre chose ; le vers ne se trouve pas dans l’éd. Verelst, fondée sur un autre manuscrit) ; Adenet le Roi, Buevon de Conmarchis , v. 3074 ; Aliscans , éd. Wienbeck, Hartnacke et Rasch, leçon du ms. C (vers ajouté après v. 1909 ; ce vers ne se trouve ni dans l’éd. Guessard et Courde ni dans l’éd. Régnier) ; le Couronnement de Louis , rédaction C, v. 2279 ; Elie de Saint Gille , v. 407 (des deux éditions). 35 On peut évidemment aussi imaginer autre chose : Se tés vasal avés mort par vo glaive . 36 Éd. McMillan, ms. D (c.-à-d. le ms. 1448 du f. fr. de la B.n.F., où manque le v. 1572) = éd. Terracher, texte critique, vv. 1612-13.
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