AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 283 il est », selon l’éditeur Duncan McMillan, « facile de déceler de nombreuses maladresses de forme et de style qui semblent être le fait du remanieur. » (25) Ce n’est donc peut-être pas le témoin le plus solide qu’on pourrait invoquer quand il s’agit de prouver une thèse d’une portée générale. Or pour ce qui concerne ce passage, au moins, il ne semble pas nécessairement y avoir de fautes formelles commises par le remanieur qui a créé la « version d », même s’il y en a dans le « manuscrit D » (voir McMillan 22). Regardons d’abord le quatrième vers du passage cité par Bédier, il correspond au vers 1056 dans la version AB publiée par McMillan. La comparaison des manuscrits de cette version montre clairement qu’il faut lire : A Lavardi ou la pierre fu traite . La « version d » est cependant si indépendante qu’elle pose un problème en elle-même. Il est tentant de changer simplement piere en marbre (qui peut être masculin ou féminin en ancien français). Mais piere est justement le mot que le ms. D a en commun avec la version AB, il vaut mieux le garder. C’est pourquoi nous pensons qu’il est préférable de corriger en changeant – comme il est souvent nécessaire de le faire – l’ordre des mots : E il prenoient la piere en icele aive . Cela donne aussi une assonance parfaite. La variation cil / icil est trop courante pour que le changement soit vraiment problématique. Le ms. D n’a pas encore été publié d’une manière satisfaisante, on ne peut donc rien dire sur l’emploi de icil dans la version d. Pour ce qui concerne icil dans la version AB – et donc en un sens dans le Charroi de Nîmes en général – on peut consulter le travail de G. De Poerck, R. van Deyck et R. Zwaenpoel (104). Le motif (sans doute inconscient) du changement a probablement été d’abolir la distance entre la subordonnée relative du vers suivant et le mot auquel elle se réfère. L’avant-dernier vers du passage cité par Bédier ne correspond à rien dans la version AB, où il n’est pas du tout question d’assaisonnements 42 . Ce qu’on remarque d’abord à propos de ce vers, c’est bien sûr qu’il est défectueux aussi métriquement – comme tant d’autres vers que Bédier évoque en faveur de ses thèses. Il nous faut donc quelque chose qui soit à la fois plus long de canele d’une syllabe, doué de a(i) comme voyelle tonique et doué d’une dernière syllabe atone. Ce problème peut sembler impossible à résoudre : si on a d’abord l’argent et puis un assaisonnement – ne peut-on pas avoir à peu près n’importe quoi comme troisième élément ? – Sans doute, mais nous pensons qu’il est fort probable que la Vorlage aussi mettait pitre à côté d’un autre assaisonnement. Si on examine les listes de différentes épices que présentent certains textes de l’ancienne littérature française, on trouve en tout cas une possibilité tout à fait plausible ; nous proposons : Et vif argent et pitre et noiz muscades . Cela n’est évidemment 42 Pitre ou petre signifie « pyrèthre ».
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