AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 284 qu’une possibilité. Mais le vrai problème n’est pas là, c’est la question de savoir pourquoi le scribe a remplacé noiz muscades (ou autre chose) par canele . Or il y a une réponse possible à cette question : c’est tout simplement que pitre et canele est fréquent. Dans la rédaction AB de la Prise d’Orange on trouve trois exemples : vv. 251, 413 et 658 43 . Notre théorie est que pitre a déclenché canele par une espèce d’automatisme. Ceci est une phénomène répandu auquel nous allons retourner dans un autre contexte. Après avoir traité le Charroi de Nîmes , Bédier continue avec une autre chanson de geste : Voici, tiré du même manuscrit [B.n.F., f. fr. 1448] (f o 105 r o 44 ) un passage de la Prise d’Orange : Quant Arragons en entent la novele Qu’i out la crote desos lui en la terre, Il prist .M. Turs, des chevaliers as armes … Dist Guielins : « Par lou baron saint Jaque … Rendut nos a Orable la deserte ! » (277) Il y a plusieurs remarques à faire à propos de ceci. Tout d’abord il faut protester contre le fait que Bédier se réfère à un seul manuscrit. Le problème des assonances qu’on examine, après tout, est la question de savoir si elles sont ou non dues à des scribes négligents. En comparant plusieurs manuscrits on peut parfois trouver une réponse à cette question. Citer seulement un scribe, c’est en quelque sorte décider la question d’avance. Puis il faut citer les passages dont il s’agit sans sauter des vers, sinon un examen sérieux des problèmes n’est pas possible. Finalement, il faut citer correctement 45 . – La Prise d’Orange est conservée par neuf manuscrits ; l’éditeur Claude Régnier affirme qu’on peut parler de trois « rédactions ». Les deux qui sont les plus importantes pour nous sont la rédaction AB, représentée par les quatre manuscrits du groupe A et les deux manuscrits du groupe B, et la rédaction D, représentée par le seul manuscrit D. Il y a aussi les manuscrits C et E, ils constituent la rédaction C(E). Régnier considère toutes les rédactions comme des remaniements, il y a des fautes partout (voir 72-86). Nous n’avons cependant pas l’intention d’entrer dans les détails pour ce qui concerne les questions générales, nous allons simplement examiner de près les passages cités par Bédier. – La 43 Cf. la version du ms. D, v. 532. – On peut citer aussi les Enfances Guillaume , v. 2380 et Renaut de Beaujeu, le Bel Inconnu , v. 4735. Il y a aussi d’autres exemples (cités dans les dictionnaires) où les deux épices sont mentionnées dans le même contexte. 44 Bédier dit par erreur « f o 195 v o ». 45 Bédier transforme radicalement le dernier vers qu’il cite, occultant ainsi le fait essentiel que ce vers est irrégulier aussi métriquement : just a little cheating is allowed (« un tout petit peu de tricherie est permis », voir notre article de 2005, 18).

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