AGAPES FRANCOPHONES 2011

AGAPES FRANCOPHONES 2011 286 sur la fin de ce vers avant de continuer son travail. Alors il a pu lire [ι∪λαϕρ↔] au lieu de [ι∪λΕρ↔] , ce qui a pu entraîner la transformation du vers suivant. La version du groupe B pourrait être une tentative maladroite de corriger la mauvaise assonance introduite de cette manière 53 . – La première chose qu’on peut noter à propos de la version du ms. D, c’est qu’il y a, par rapport aux autres rédactions, une lacune après le vers 935 (ce que Régnier indique par trois points dans son édition). On voit aussi que c’est l’assonance en e ouvert qui domine avant cette lacune, tandis que c’est l’assonance en a(i) qui domine après. Nous pensons en effet que la meilleure solution est de considérer le vers 936 comme le premier d’une nouvelle laisse. Il n’est guère besoin de se référer aux principes établis par Wathelet-Willem pour savoir qu’une laisse commence très souvent par le début d’une réplique 54 ou plus concrètement soit par le mot Dist suivi par un sujet où la troisième syllabe est accentuée soit par Ce dist suivi par un sujet où la deuxième syllabe est accentuée : Dist l’emperere… ; Ce dist li cuens … Notre hypothèse est donc qu’on a d’abord une laisse avec assonance féminine en e ouvert (vv. 929-35) et ensuite une laisse avec assonance féminine en a(i) (vv. 936-40) 55 . Cette hypothèse implique qu’il y a deux vers problématiques : 931 et 938 56 . – Le problème du vers 931 est en effet identique avec le problème du vers 1254 de la Prise de Cordres et de Sebille (voir ci-dessus). Dans ce cas-ci, il nous semble que la conjecture des chevaliers as helmes est renforcée par la leçon de la rédaction AB (vers 1176) où on a aussi elmes à la fin du vers. – Pour ce qui concerne le vers 938, on peut se contenter de constater qu’il s’agit – encore une fois – d’un vers qui est irrégulier aussi métriquement 57 . Notre conclusion est que le passage examiné de la Prise d’Orange n’offre pas d’argument sérieux pour la thèse de Bédier. Il faut citer aussi le passage suivant des Commentaires : « Voici deux autres extraits de la Prise d’Orange , telle qu’elle se lit dans un autre manuscrit, le manuscrit fr. 1449 de la Bibliothèque Nationale (f o 48 et f o 105 r o ) » (277). – Le manuscrit auquel Bédier se réfère ici est le ms. A 2 de l’édition de Régnier. 53 Voir Régnier 77. 54 Voir Wathelet-Willem 84. 55 Pour ce qui concerne le phénomène des laisses dont le début n’est pas indiqué graphiquement, voir ce que nous disons ci-dessous à propos du Charroi de Nîmes . 56 On peut objecter que l’hypothèse que les vers 929-940 constituent simplement une seule laisse avec assonance féminine en e ouvert/ ai implique elle aussi seulement deux vers problématiques (931 et 937). Mais le vers 937 est solide : métriquement parfait, identique avec la leçon du groupe B et proche des leçons du groupe A et de la rédaction C(E) ; ces versions ont respectivement Chier me vendrai ainz que paien me baillent (v. 1059) et Chier me quid vendre ains c’a paiens me balle (v. 981). Le vers 938, par contre, est métriquement irrégulier et il n’est soutenu par rien dans les autres versions. 57 On peut ajouter qu’il s’agit d’un emploi fort rare de deserte (v. l’éditeur Régnier 330). Il se peut que le deuxième hémistiche de la Vorlage était simplement vendut nos a Orable .

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