AGAPES FRANCOPHONES 2011
AGAPES FRANCOPHONES 2011 313 2. Incidence verbale L’adverbe de constituant bien reçoit très consensuellement la valeur première d’adverbe de manière (cf. Péroz 1992, 14). La glose proposée diffère de celle généralement utilisée pour ce type d’adverbes : bien signifie non pas « d’une manière bonne » mais bien « de la bonne manière », c’est- à-dire, au sens premier de bon (cf DHLF 3 1995, 243), « de la manière qui convient ». L’adverbe pose donc un jugement axiologique positif sur la qualité de réalisation d’un procès, conforme aux attentes du locuteur en regard d’une norme implicite : (4) a. L’expérience a montré que l’ensemble se comportait admirablement bien en mer malgré son allure bizarre et très peu marine. (Romanovsky) b. Leurs corps étaient réunis, Bart dansait bien, Babé également, ils se retrouvaient d’instinct dans les mille habitudes que le temps avait établies. (Hermary-Vieille) 4 Cette norme implicite par rapport à laquelle se positionne le locuteur varie en fonction du sens du prédicat – s’il s’agit bien de la qualité de réalisation du procès décrit dans les deux cas, chanter bien et écouter bien mettent en jeu une composante sémantique spécifique à chacun de ces verbes –, des compétences potentielles de l’agent – cf. Il (parle + écrit) bien , selon qu’il s’agit d’un jeune enfant ou d’un orateur (ou d’un écrivain) confirmé – et des attentes personnelles du locuteur en fonction du procès décrit et des compétences prêtées à l’agent 5 . L’évaluation peut viser différentes composantes d’un même procès. En (5) par exemple : (5) « Tiens bien ta fourchette ! » (Groult) il peut s’agir de tenir l’objet fermement, de le tenir correctement, i. e. de manière à en permettre une utilisation optimale, ou encore conformément à l’usage de certaines catégories sociales, i. e. élégamment. L’adverbe de manière mal est glosable par « autrement qu’il ne faut, d’une manière fâcheuse » ( DHLF 1995, 1173), c’est-à-dire « d’une manière qui ne convient pas », i. e. qui n’est pas conforme aux attentes du locuteur : (6) a. Mon mari se conduit mal, crac, je deviens aveugle. (Tournier, Le coq de bruyère ) b. Parfois c’est, dans la foule, un homme du peuple qui tire sa casquette et chante. Qu’il chante mal, et qu’on rie, c’est celui-là qui est touchant. (Montherlant, Les Bestiaires ) 3 Dictionnaire Historique de la Langue Française. 4 Excepté avec les verbes qui se construisent nécessairement avec un complément de manière (type se comporter ), une lecture alternative extraprédicative est le plus souvent possible. 5 Sur l’interprétation des (adjectifs) évaluatifs, voir notamment Kleiber 1976.
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